Archive de Tag pour ‘spectacle’.
Toutes ces réflexions autour de l’immersion et de la sérendipité sont bien sûr inspirées par le projet sur lequel je travaille dans le moment avec les collègues Ours cordial, Ours insolite et Boucles d’or. [Je me suis totémisé moi-même « Ours perplexe », pour vous servir...] Titre de travail : Le bal des ours. Pour le 2oe anniversaire du Festival Les jours contés en Estrie (octobre 2012), nous sommes à préparer, vous l’aurez compris, un spectacle avec quatre histoires ursines (une par conteur).
Je m’attaque personnellement au conte de «Jean de l’ours » (AT 310B). Un gros morceau. Comme c’est un archétype qui existe dans les univers culturels européen, asiatique et amérindien, j’ai l’embarras du choix des versions… et des péripéties. Pas de rareté ici; le travail en est plutôt un de filtrage des éléments qui me parlent le plus et de synthèse personnelle. Si le début du conte est assez stable dans l’ensemble des versions que je lis, les derniers épisodes (notamment les aventures du héros dans « le monde souterrain ») vont dans plusieurs directions. À moi de choisir ce qui me semble le plus signifiant pour en faire un récit cohérent. Respecter l’histoire, tout en lui donnant ma couleur, mes motifs. Lire la suite »
[NLR : Dans le cadre d'une récente formation avec Bernadète Bidaude, cette dernière nous a proposé de pasticher une recette pour exprimer un sentiment ou dénoncer quelque chose. Le jeu étant trop tentant, je m'y suis laissé prendre. Alors que mes collègues y sont allé de Bouillon de colère, Caresses de soleil, Gigot de nostalgie, Tsunamitsu de la peur et autres Gâteau Blockbuster (façon Hollywood), j'ai choisi de me défouler d'une frustration latente en concoctant un dessert dont je préférerais pourtant que l'on se passe collectivement. À noter avant qu'on ne me jette des pierres : Il m'est sans doute arrivé de le cuisiner à l'occasion, mais je tente désormais de l'exclure de mon régime...] Lire la suite »
Le week-end dernier, j’ai vécu mon second stage avec la conteuse française Bernadète Bidaude (« Construire un récit à partir de son propre bagage » les 30 septembre, 1er et 2 octobre 2011). Comme il s’agissait à peu de choses près du même atelier que la première fois (« Chantier d’histoires » du 1er au 3 mai 2009), je présenterai conjointement ce que j’ai appris à ces deux occasions.
À la décharge des organisateurs qui avait prévu ce deuxième atelier comme une suite du premier (qui n’était cependant pas pré-requis), j’étais le seul participant à m’être réinscrit. Ajoutons à cela le fait que cette fois-ci plusieurs participants n’étaient pas des conteurs. Difficile de véritablement pousser plus loin…
Cela écrit, c’est une expérience assez curieuse mais pas déplaisante que cette répétition. À faire essentiellement les mêmes exercices avec des participants différents, à aller collecter des idées d’histoires aux mêmes endroits sous une pluvieuse grisaille automnale (2011) plutôt que sous un soleil printanier (2009), on est forcément amener à comparer. En même temps, il y a là-dedans à trouver comment conserver un regard neuf, un peu comme de raconter la même histoire à des publics différents, ou encore aux mêmes personnes, mais dans des occasions différentes. J’ai certainement bénéficié d’un rafraîchissement quant à la conception du conte de notre formatrice. Cela me permettra, je l’espère, de vous en faire part avec plus de justesse. Lire la suite »
Par derrière chez mon père, il y a un pommier d’août
Les feuilles en sont vertes et le fruit en est doux…
Par ces vers d’une version du « Grain de mil », je veux me rappeler le mois d’août 2011 plein de soleil, de rires d’enfants dans la piscine, d’expériences BBQ, de musiques et bien sûr d’histoires… J’ai donc surtout pris le temps de vivre parce que parfois c’est en engrangeant des sensations et des expériences que l’on nourrit nos contes. J’ai peu blogué, même si les occasions de le faire n’ont pas manqué. Pour mémoire, je tenais à en garder trace. Petite chronique d’un mois faste qui a filé trop vite :
Un mot en réponse à certaines réactions d’inconfort face à cette “manie” que j’ai (avec d’autres) de toujours chercher à définir et à mieux cerner les contours de notre art. On me reprochera qu’en tentant de déterminer “ce qui en est”, j’exclus d’office le reste… qui n’aurait plus droit de citer. Or, pour moi, affirmer que certaines manifestations artistiques correspondent moins à ma définition du conte (comme pratique, pas comme genre littéraire), ne signifie certainement pas qu’elles n’ont pas leur place dans toutes sortes d’amalgames et d’expériences de métissage qui peuvent enrichir tous les arts. Lire la suite »
Quelques mots sur qui est Bruno de La Salle – ou BLS comme j’ai entendu des gens du milieu l’appeler – et sur les raisons pour lesquelles je tenais absolument à la voir conter… jusqu’à braver des conditions routières pas évidentes un peu plus d’une semaine avant Noël 2010. (Merci à la fée Mirage, notre conductrice, et à l’ange Gabriel avec qui j’ai fait le voyage!)
Déjà, sa présence au Québec tenait pour moi de l’inespéré, alors que je m’étais résolu à ne jamais le voir et l’entendre en personne. (Le voyage en France est difficilement envisageable pour moi dans le moment.) Tout au plus, j’espérais me rabattre sur ses livres et ses enregistrements. Merci à Sylvi Belleau (Théâtre de l’Esquisse), Jacques Falquet, Dominique Renaud et à tous ceux qui ont rendu sa visite possible…
À quelques jours d’un spectacle solo qui conclura une seconde vague de travail sur Chevaucher les seuils – Contes d’au-delàs et de Là-haut, un nouveau bilan s’impose. Il m’est difficile de parler de manière générique des séances de coaching de cet automne tant l’« entraînement » s’est personnalisé (Dictionnaire Robert : « rendre personnel »). Je vais tout de même essayer d’en dégager du matériel d’intérêt général.
J’entendais récemment Mme G. mentionner à quelqu’un : « Moi, je connais bien Jean-Sébastien et il ne voudra pas ceci… Il préférera cela. ». C’est vrai. Elle me connaît bien mieux, me devine, sait quand elle peut me pousser plus loin (ou pas), même si je ronchonne au début.
Réalisant dès septembre que nous avions peu de temps, Mme G. et moi avons convenu de travailler certains aspects précis de ma manière de conter. Outre les problèmes propres au spectacle (transitions et difficultés avec certains contes, dont j’ai parlé ici), nous voulions :
- éliminer des tics qui parasitent le contage;
- maintenir mon niveau d’énergie de base de manière plus constante tout au long du spectacle;
- développer ma présence, mon contact avec le public
N’ayant ni à conter, ni même à être bénévole cette année, j’ai complètement profité du Festival Les jours sont contés en Estrie pour être le meilleur spectateur possible. Je me suis généralement (ahem!) couché tôt, suis allé voir plusieurs spectacles mais pas tous (ah, les choix difficiles) et j’ai appris en observant. Il faut dire que le fait d’être moi-même en processus de création aiguise le regard…
De Michèle Nguyen, je retiendrai la grâce, l’intensité qui fait vibrer toute l’assistance, les silences justes, porteurs, une écriture magnifique, brillante. Je la voyais pour la troisième fois et il me semble qu’elle a encore « grandi » dans l’efficacité de sa présence, la force de son contact avec le public. Je retiendrai aussi la question d’un ami néophyte au conte: « Est-ce que ce n’était pas du théâtre? » Avec une marionnette (qu’elle manipule merveilleusement), quelques accessoires, une trame sonore, je pense que la question mérite d’être posée. Conte ou théâtre, j’ai bien hâte de la revoir et de la réentendre.
De Jean-Claude Botton, je conserverai sa finesse à raconter tant aux adultes qu’aux enfants. Son habileté à « mettre le public dans sa poche » par de très courts récits pour accrocher, établir le contact. Les ritournelles, les jeux de mots et répétitions. Et puis la force des images qu’il se créé et qu’il nous donne à voir. À un moment, il avait vraiment une lune dans l’oeil.
D’une conversation privilégiée avec Jihad Darwiche, j’ai bien compris que l’on peut toujours retravailler une histoire, la polir davantage et en retirer les entraves afin qu’elle « passe » mieux. Retravailler un conte toute sa vie et même quand on est convaincu que la version collectée est sacrée. « Nous sommes des passeurs, il faut que nos histoires passent… » et « Si tu nourris souvent tes histoires, elles continueront à te nourrir ». Et comme j’ai aimé réentendre les différentes versions des « Babouches d’Abou Kacem ». Vive les contes gigognes des Mille et une nuits avec leurs emboîtements qui rendent intelligents!
De Naomi Steinberg, je retiendrai la voix grave, hypnotisante, enveloppante, qui m’a bercé par des histoires pleine de brume vancouveroise, dont une version coréenne magnifique de « L’oiseau de toutes les couleurs » et une « Fille curieuse » en visite chez une Baba Yaga nordique.
De Jean-Claude Bray, je constate l’importance de se connaître et de conter ce qui nous colle à la peau. Comment ce petit homme à la voix nasillarde et à l’air (mais seulement l’air) absent parvient-il à choisir des histoires qui lui vont aussi bien et à dégager un tel charisme? Il y a là un mystère et une ruse qui me mystifient.
D’Agnès Chavanon, je garde la construction de son spectacle sur les loups où elle mêle histoires traditionnelles, anecdotes imaginaires et véridiques, de même que récits contemporains qui rejoignent tous la même thématique. J’ai bien aimé ce mélange de narrations autour d’un même thème. C’est ce que j’ai essayé de faire dans mon spectacle sur les au-delàs, mais j’aurais aimé aller encore plus loin.
De Serge Valentin, je me souviendrai longtemps d’une conversation à bâtons rompus où nous avons chacun défendu nos positions et découverts des points d’accord. Je retiendrai son besoin d’être « farouchement libre » qui l’amène à se former en autodidacte et à se méfier des écoles artistiques. Après cet échange, aux petites heures du matin, j’ai écris pendant une demie-heure. Un texte sur la formation des conteurs a commencé à prendre forme.
Un beau festival, une édition que je vais chérir pour longtemps.
Mercredi dernier, 29 septembre, j’ai manqué la date anniversaire de ce blogue. Je préparais le spectacle que j’ai donné au Musée des religions du monde de Nicolet le vendredi 1er octobre (et qui s’est bien passé, merci). Tout à ma pratique, j’ai oublié qu’il y avait déjà un an que je sévissais à cette adresse Web.
C’est que les choses vont trop vite. Un an et une cinquantaine de billets plus tard, le conte prend plus que jamais de la place dans ma vie déjà pourtant pas mal occupée par un autre travail et une famille… J’ai la chance d’avoir monté un spectacle qui intéresse et qui est supporté par une bourse au niveau municipal, je suis plus intéressé et curieux que jamais de la littérature orale sous ses différentes formes. Et les choses s’accélèrent: la 18e édition du Festival Les jours sont contés en Estrie la semaine prochaine, une formation avec Marc Aubaret du Centre Méditerranéen de Littérature Orale à la fin octobre sur l’histoire de cette littérature, le colloque du Regroupement du conte au Québec en novembre, d’autres spectacles en novembre (Drummondville en solo, St-Hyacinthe en duo) et décembre (Sherbrooke en solo, North Hatley en collectif)… L’univers du conte vibre autour de moi et me fait vibrer alors que j’ai vraiment l’impression de faire partie de ce tout, à ma petite échelle. De quoi écrire encore quelques billets…
Et pour cela je vous remercie chaleureusement, lecteurs de ce carnet, proches ou lointains. Vous contribuez par vos clics et vos commentaires à faire que mes réflexions en ligne ne soient pas qu’une plongée solitaire dans le flou d’un miroir, mais qu’elles aient des échos, peut-être l’amorce de contacts, voire d’une communauté.
Parce que vous donnez encore davantage de sens à cette aventure.
Je suis très conscient de ne pas avoir donné de nouvelles sur ce blogue quant au résultat de mon exercice public dont j’ai amplement parlé au printemps dernier. Je ne savais pas trop quoi écrire: Comment témoigner d’un spectacle dont on est le principal interprète? « Score final: 3-2. Après une première période difficile, Dubé se ressaisi et parvient à conter efficacement en deuxième demie. Il a néanmoins commis plusieurs erreurs qu’il devra corriger s’il espère se rendre en séries finales… »
Avec le recul de quelques mois, il m’est plus facile de me faire une tête. Alors que Mme G. et moi nous remettons à l’ouvrage, je peux désormais partager un peu des éléments sur lesquels nous allons nous attarder lors de nos prochaines rencontres. Notons d’abord que l’exercice a atteint son but, soit celui de récolter un maximum de commentaires pour orienter la suite du travail. Le spectacle ayant été filmé, j’ai maintenant en main la vidéo. Un fois passé le malaise de regarder quelqu’un qu’on connait trop bien, elle devient un outil précieux. J’en ai déjà parlé ici.
Ainsi, plusieurs spectateurs-commentateurs ont souligné un problème avec les transitions entre les contes. Avec éloquence, la vidéo leur donne raison… Ce sera donc un de nos principaux chevaux de bataille. La bande montre notamment que j’ai tendance à « laisser tomber » le public entre mes histoires. Je ne les accompagne pas suffisamment pour rester avec eux dans une émotion, un silence. Mon regard fuit alors que je suis déjà ailleurs en train de préparer le conte suivant.
Par ailleurs, j’ai souvent tendance à ajouter un commentaire, une pensée philosophique, une morale à la fin de mes histoires. Je comprends mieux maintenant en quoi ce n’est pas très intéressant à regarder, ni même toujours à entendre. Surtout, je réalise aussi que c’est manquer de confiance en mon public qui est bien capable de se faire sa propre idée à la suite d’une histoire. Sous prétexte de « protéger » mon public (ou est-ce plutôt parce que j’ai peur de ne pas pouvoir en supporter la charge émotive), j’atténue le caractère percutant de certaines finales. D’autre part, parce que j’en rajoute, cela créé une seconde (et parfois même une troisième) fin, si bien qu’on ne sait pas toujours qu’un conte est terminé. Re-problème au niveau des transitions…
Il y a aussi un des contes dont personne n’a parlé (le dernier de la première partie que j’appelle « Le prophète et le berger ») pas plus pour en dire du bien que pour en souligner les défauts. Pour Mme G. et moi, c’est symptomatique: celui-là a raté sa cible… On travaillera donc à lui redonner du corps. S’il ne s’améliore pas, on coupera.
La vidéo est évidement impardonnable quant aux gestes qui « sonnent » faux, aux descriptions trop longues (ça m’arrive parfois, quelle surprise!), aux tics, aux changements de niveau de langage, aux phrases moins bien articulées. Mais elle permet également de voir que du chemin a été parcouru, qu’il y a des moments où « ça marche vraiment ». Ces instants là sont à garder et on a donc moins besoin de s’y attarder. Et cela aussi, c’est très précieux. Ça permet de gagner du temps.
C’est donc une seconde étape du travail qui s’amorce, alors que l’automne sera ponctué de vraies représentations de ce spectacle (sans le filet des amis critiques) qui viendront elles aussi nourrir la réflexion et les rencontres de pratique.

