Il semble qu’avec mon dernier billet sur la liberté du conteur, j’aie mis le doigt sur une question qui suscite certaines passions. Du moins, plusieurs semblent avoir une opinion sur le sujet. Je réfère le lecteur aux interventions passionnantes de Robert Bouthiller et de Marc Aubaret que je remercie de leurs contributions très riches. Mais ce n’est pas tout…

Avant même que je n’aie pu publier mon billet où j’expliquais comment son spectacle m’avait amené à réfléchir à cette question, Jérôme Bérubé avait déjà répondu à mes interrogations par un long texte dont je présente ici certains extraits qui me semblent les plus susceptibles de nourrir la discussion : Lire la suite »

affiche_imaginite-greytexturefinal-sans-info2Le 19 janvier dernier, j’ai vu le spectacle L’imaginite: contes absurdes et sensés du Baie-Comois Jérôme Bérubé. Je connaissais Jérôme pour avoir été l’un de ses collègues de stage et pour son implication au Conseil d’administration du Regroupement du conte au Québec.  Toutefois, je ne l’avais jamais entendu conter.  J’ai beaucoup aimé.

Puisque c’est illustré sur l’affiche qui annonce le spectacle, je ne crois pas révéler un trop grand punch en expliquant que le conteur nous présente d’entrée de jeu des pots Masson où il a entreposé ses différentes histoires.  Pendant le show, il ouvre un pot, fait « prendre l’air » à une histoire, la hume, la raconte, en choisit un autre…  Difficile de ne pas craquer pour cette candeur un peu flyée.

Outre la découverte d’un conteur qui promet, ce sont les réflexions que m’ont inspiré ce spectacle sur la notion de « liberté du conteur » qui intéresseront peut-être les lecteurs de ce blogue.

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camille_perronJ’ai déjà parlé ici de la difficulté à trouver des contes de Noël appropriés pour notre époque, intéressant à l’oral et où le mystère et la magie de Noël demeurent sans être trop teintés de religion…  Quelle ne fût pas ma joie de découvrir les contes de Noël écrits par le regretté Camille Perron [décédé en 1995], alias Pépère Cam, dans le recueil Le p’tit Rien-tout-neu’ et autres contes de Noël paru aux éditions Prise de parole en 1998.

Je pense avoir déjà mentionné mon intérêt pour le répertoire collecté en Ontario français par le père Germain Lemieux et dont les archives sonores sont toujours accessibles au Centre franco-ontarien de folklore (CFOF) à l’Université de Sudbury.  Le fait est que mon épouse vient de ces « lointaines contrées » et que mes enfants sont donc moitié franco-ontariens…  Comme je le suis un peu devenu par alliance!  Je me suis donc procuré le livre-disque de M. Perron en bouquinant au Centre FORA à Sudbury l’été dernier.  Je l’avais un peu mis de côté et je l’ai ressorti à l’approche des fêtes.  Je ne m’attendais à rien.  Mes beaux-parents m’avaient pourtant parlé de Pépère Cam, puis d’Ange-Émile Maheu, à sa suite…  Mais je n’avais pas réalisé l’imposant talent du bonhomme.  L’intérêt d’avoir la voix enregistrée sur disque, c’est que l’on prend la mesure de son aisance et de la convivialité qu’il réussit à créer avec son public. Lire la suite »

En cadeau pour ses bénévoles du Festival, la Maison des arts de la parole nous a offert le 22 novembre dernier un conteur: Bob Bourdon / Robert Seven-Crows.  À travers les chants et autres contes, de sa belle voix il a raconté Oochigeas, la légende de la « petite brûlée » ou la Cendrillon amérindienne, amoureuse du chasseur invisible [dont Roch Voisine a apparemment fait une chanson… où il ne reste pas grand chose de la beauté du conte].

Croyez-le ou non, je ne l’avais jamais entendue auparavant (il paraît que Stéphanie Bénéteau la raconte pourtant depuis plusieurs années).  J’avoue avoir adoré la version de Bob…  au point d’avoir envie de la raconter à mon tour.  Moi qui n’aime pas beaucoup Cendrillon, la robe en écorce de bouleau et les mocassins trop grands m’ont fait craquer pour Oochigeas.  La bandoulière en arc-en-ciel du chasseur Invisible et son arc fait de la voie lactée m’ont fait rêver… Lire la suite »

[Le 16 octobre dernier, nous avons été plusieurs à rendre hommage à Petronella Van Dijk, ma fée-marraine, qui a porté le Festival à bout de bras pendant vingt ans. Quand on m’a approché pour que je rédige quelque chose à son attention, comment aurais-je pu refuser?  Si elle n’avait été là, je ne conterais pas.  Je m’étais déjà essayé au pastiche…  Il m’a semblé que c’était une belle occasion de récidiver.]

Mes bien chers frères et sœurs, si notre jubilaire d’aujourd’hui était moins humble et plus pieuse, elle nous aurait sans doute déjà enseigné la prière suivante… dont je vous demanderais de répéter le dernier vers de chaque strophe.  Vous n’êtes pas obligés de vous agenouiller. Lire la suite »

[Ce texte est en fait la reprise et l’adaptation d’une contribution au numéro d’octobre-novembre 2009 du Bulletin du RCQ.  Dans le cadre du Festival, il visait à présenter le Cercle des conteurs des Cantons de l’est en lien avec les archives de l’évènement.  Le reprendre ici est un peu une façon de souligner l’importance que le Cercle – que j’ai contribué à fonder – a eu et continue d’avoir dans ma pratique.]

Né en 2003 du besoin de casser des contes et d’expérimenter avec filet , le Cercle des conteurs des Cantons de l’Est se réunit tous les
premiers mardis du mois. Généralement, une période où sont échangées des nouvelles est suivie d’un temps où ceux qui le souhaitent
peuvent raconter et recevoir des commentaires de leurs pairs. Cette rétroaction amicale leur permet de peaufiner leurs histoires avant d’affronter le « vrai » public.

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 J’ai fait ma maîtrise à l’Université Concordia de Montréal.  J’ai donc reçu il y a environ un mois une invitation de mon alma mater pour assister à la prestation de la conteuse britannique d’origine jamaïcaine Jan Blake.  Un peu surpris que cette institution offre à ses diplômés d’assister à des spectacles de contes, j’ai d’abord pensé ne pas y aller. Lorsque Stéphanie Bénéteau et d’autres m’ont dit à quelle point il s’agissait d’une conteuse exceptionnelle qu’il ne fallait absolument pas manquer, j’ai pris des arrangements pour être dans la métropole le 14 novembre dernier, soir de la performance de la dame.

Et quel spectacle !  Des histoires puissantes (de la Côte d’ivoire, du Kenya) livrées avec brio par une conteuse charismatique et toujours juste.   Des images claires et directes comme des flèches.  Des mots recherchés, choisis, mais jamais pompeux.  Une aisance dans le jeu et dans la voix qui trahissent à peine les heures de travail requises pour que « ça ait l’air aussi facile ».   Lire la suite »

[Dernier article décrivant les aventures d’Alice en Martinique.  On a hâte à de nouvelles escapades…]

Durant le festival Martiniquais « Contes et musique dans la cité » étaient invités des artistes issus de cultures différentes : une québécoise (Patti Warnock, coucou Patti !!!), un Sénégalais lyonnais, un Nigérien, et trois français de la région Midi-Pyrénées de trois origines différentes. Avec deux conteurs Martiniquais, quatre musiciens Martiniquais itou et votre servante, cela formait un beau patchwork.

Bien sûr il y a eu quantité de conversations et de débats, de rencontres… Moments précieux et privilégiés  occasionnés par les festivals. Rencontres avec le public, rencontres entre artistes. L’un des artistes français, à un moment donné, a comparé la vitalité du créole en Martinique et celle de la langue occitane* dans son coin de pays. D’après lui, la culture occitane se portait moins bien que la culture créole en Martinique. Je me suis alors demandé si tous les petits occitans connaissaient des contes occitans, si tous les petits bretons connaissaient des contes bretons… Je pense que non. Pourquoi cela me donne-t-il un choc moins grand qu’avec la culture créole ? Est-ce-lié à l’éloignement géographique, à l’histoire qui relie la France aux Antilles ? Pourtant, la langue et la culture française sont aussi passées par-dessus les autres langues des différentes régions, avec la même autorité, le même écrasement parfois… (cela sans oublier mon amour pour ma propre langue maternelle, puisque je n’en ai pas d’autre !) Lire la suite »

[L’amie Alice est de retour de Martinique.  Par ses textes, elle continue de nous entretenir de ses expériences de conteuse là-bas.]

J’écris vite et je suis émotive. Pas de quoi fouetter un chat, mais de quoi écrire des bêtises, oui. L’article « De la culture créole en pays créole » (titre un peu pompeux lié aussi à la précipitation) a suscité des commentaires de la part de mes amis Martiniquais, lesquels ont mis en lumière quelques erreurs dont j’aurais pu me passer si seulement j’avais été plus patiente, attentive et avisée… Sans le vouloir, j’ai fait ma « maudite française », ention et damnafer ! Moi qui déteste me voir dans ce miroir-là.

Mea Culpa donc, et je reprends depuis le début :

Qu’est-ce-que je faisais là-bas en Martinique ?  J’étais en résidence artistique « Arts de la Parole » pour un mois, afin d’écrire un spectacle (thème : « la cuisine dans le conte »…). J’y avais été invitée par l’association Martiniquaise VIRGUL’, conventionnée par la Direction des Affaires Culturelles, et à l’instigation de son directeur artistique, Valer’EGOUY, conteur, comédien, homme de scène et organisateur… Rencontré au festival « Les jours sont contés en Estrie » 2011…  À Sherbrooke !  Le monde du conte est à la fois immense et petit ! Lire la suite »

[À l’occasion du 20e anniversaire du Festival, la fée-marraine a demandé à une dizaine personnes de répondre aux quatre questions suivantes…  Pour ma part, j’ai partagé ces réflexions le dimanche 14 octobre, avant le très beau spectacle de Christèle Pimenta. Le lecteur attentif  reconnaîtra probablement des bribes d’autres textes ayant déjà circulés sur ce blogue.]

Pourquoi conter?

Certains content par amour des histoires, d’autres pour être reconnus par leur communauté. Certains content pour que leur communauté se rappelle ses propres histoires et s’y reconnaisse. D’autres content pour que la communauté s’en inspire et ait envie de… plus.

J’ai souvent pensé que les contes étaient les premiers rêves de l’humanité que s’étaient raconté nos lointains ancêtres. On a conté pour expliquer l’orage, le soleil, la lune, la mort du monde à l’hiver et sa renaissance au printemps. À chacun ses raisons, mais personnellement je conte pour donner du sens au monde; donner du sens à un monde qui en a de moins en moins à mes yeux. Lire la suite »

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