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L’aterrissage est toujours difficile, mais on dirait que c’est pire cette année.  Parce que j’ai dû combattre une grippe juste avant la 17ième édition du Festival Les jours sont contés en Estrie?  Parce qu’entre la Rencontre internationale (16 au 18 octobre) et le Festival (22 au 25 octobre), j’ai dû me taper un colloque à Québec (20-21 octobre) pour le boulot?  Parce que j’ai conté la dernière journée un conte difficile et que ça m’a vidé?  Parce que j’avais du rattrapage à faire au travail et avec la famille après deux week-ends d’absence?  Parce qu’ayant été très présent à la Rencontre, je l’ai été moins pendant le Festival?

Toujours est-il que cela m’a pris jusqu’à aujourd’hui avant de m’arrêter pour effectuer un certain retour sur les spectacles vus, l’ambiance, les discussions avec ces passionnés de la Parole…

Il m’en reste d’abord l’immense gentillesse et délicatesse de Serge Valentin avec qui Josée Courtemanche et moi étions jumelés pour notre « Friandise » (formule apéro-conte).  Talentueux, humble, chaleureux et généreux avec ses co-conteurs comme avec le public.  Il y a une époque où on appelait ces gens-là des gentlemen…  Tant Serge que sa conjointe Christine sont de cette visite qui met ses hôtes complètement à l’aise, si bien qu’on les réinviterait n’importe quand.

Il me reste des discussions poignantes mais très pertinentes avec Sophie Joignant sur son spectacle « Le mystère des Alyscamps » et l’importance de parler de la mort avec légerté.  En effet, « Le mystère » évoque la nécropole romaine des Alyscamps, près de la ville d’Arles.  Les histoires qui composent le spectacle sont drôles, modernes, tout en étant situées dans l’Antiquité et mettant en scène les rapports entre vivants et morts.  Sophie qui me conseille gentiment (mais fermement) de laisser les formations et de travailler à trouver ma voix propre…  Sophie qui m’a fait de chouettes commentaires après que j’aie eue conté l’histoire de Cormac MacArt lors de la Friandise du dimanche.

Il me reste des instants de bonheur à entendre trop brièvement conter la suisse Lorette Andersen et Dale Jarvis de Terre-Neuve.  Alors que la première sait déployer une énergie impressionnante, le second dispose d’un charisme exceptionnel et d’une voix puissante.  Bonheur aussi que les petits récits tout ciselés de Philippe Sizaire, des textes très écrits qu’il prend un visible plaisir à dire.

Mais il me reste beaucoup l’impossibilité d’aller à la soirée d’ouverture ou aux autres « Friandises » pour entendre mes collègues, le choix de ne pas aller à la nuit où Jihad Darwiche en a fait vivre milles et unes autres jusqu’à l’aube (lorsque j’y suis allé dans le passé, j’ai été trop crevé pour finir le Festival).  Il me reste ce qu’on m’a raconté du spectacle magique de Mathieu Lippé à St-Camille.  Il me reste le regret des spectacles en anglais où je n’ai pas pu courrir cette année.

Il me reste une unique soirée le samedi après les spectacles où plusieurs y sont allés de chansons traditionnelles de chez eux et où l’on a voyagé entre Terre-Neuve, le Québec anglophone et francophone, l’Argentine, la Bretagne, la Pologne et les Cévennes en l’espace d’une demi-heure…  Il me reste une discussion toujours aussi passionnante avec Christian-Marie, l’oeil qui brille de mille projets et de connivence.

Il me reste toutes ces réminiscences du Festival mais, une fois dégrisé (pas tellement d’alcool cette fois-ci), il reste surtout l’attente de la prochaine édition.  Le Festival aura l’âge de la majorité, mais il est déjà pour moi un événement majeur depuis longtemps.  Majeur à échelle humaine, il va sans dire.  Pourvu qu’il ne devienne pas trop sage…  Merci à tous les bénévoles qui le rendent possible, à l’équipe de Littorale et à la Mer Supérieure qui le porte et l’enfante chaque année.

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Difficile de parler de tout ce qui s’est dit ou même de ce que j’ai réussi à capter de toute la richesse de cette fin de semaine… à travers la mauvaise grippe que j’ai traîné et qui a certainement nuit à mon écoute et à ma participation (désolé d’avance pour ceux que j’aurais contaminé).  Nécessité de laisser du temps de décantation.  Tout de même, quelques bulles qui remontent à la surface:

En introduction, un témoignage passionnée de la marraine de l’événement, Micheline Lanctôt qui a préféré pour ses enfants les contes de Grimm à la « littérature de CLSC » (les livres du type « Papa fait le marché » ou « Pierrot fait ses devoirs »);

– Une conférence d’ouverture fort instructive de Marc Aubaret qui permet de replacer le conte au milieu de toute la famille de l’art oral (mythes, épopées, légendes, fables, formes courtes);

Samedi matin, les raisons de raconter encore en 2009 avec Marc Aubaret, Mike Burns, Jihad Darwiche et Regina Machado.  Simplement, le monde en a de besoin plus que jamais. Besoin de repères, besoin de communauté, besoin d’imaginaires faces aux horreurs du monde, besoin d’espoir…  Plus personnellement, je découvre par ces les témoignages de ces conteurs à quel point le conte peut enseigner… subtilement.  À approfondir;

Samedi midi, des bribes du Piège d’Issoudun, film où Mme Lanctôt intègre le conte du Génévrier des Grimm.  Heureusement que je savais la fin, ça m’a moins troublé;

Samedi après-midi, lors d’une table ronde sur les pratiques, ce que Jocelyn Bérubé a appelé à posteriori le « Code Falquet »:  Une grille proposée par Jacques Falquet pour décrire la diversité des pratiques de conte.  J’aurai l’occasion d’y revenir parce que la grille de Jacques – sans doute imparfaite – a le mérite de nous permettre de sortir de la sempiternelle question du « C’est-tu du conte, ce qu’il fait lui? ».  D’autre part, le témoignage bouleversant de Regina Sommer qui a parlé de la coupure des allemands d’avec leur tradition orale depuis la seconde guerre.  J’ai versé plusieurs larmes sur ce peuple orphelin de ses propres mythes ensevelis sous les fantômes et les squelettes de placard.

Samedi soir, très chouette spectacle.  Je découvre Regina Sommer comme conteuse.  Je connais tous les autres et les apprécient tous avec leurs couleurs si distinctes, mais j’ai encore un faible pour Hindenoch et Darwiche.  Des plaisirs personnels: Mike Burns qui raconte l’histoire de Fionn Mac Cumhaill et du saumon de la sagesse (qui apparaît dans un conte que je prépare), Hindenoch qui raconte l’histoire du moine que l’extase mystique fait se perdre dans les méandres du temps (un de mes favoris) et Yachinsky qui raconte la très belle fable du Léopard et de la tortue qui prépare sa légende avant de se faire trucider (l’illustration même que le conte permet la résistance)…

Dimanche matin, des perspectives tantôt optimistes, tantôt pessimistes avec Marc Aubaret, Jocelyn Bérubé, Michel Hindenoch et Dan Yachinsky.  Ma fronde affectueuse contre Dan qui se demandait « Si les histoires nous choisissent, comment cela se fait-il? ».  Belle question s’il en est une!  Mais du même souffle, il prétendait que c’était une question pour les conteurs d’expériences, que les jeunes conteurs étaient trop occupés à amasser des histoires pour se questionner sur le répertoire.  Je suis donc aller au front pour revendiquer le droit pour les conteurs émergents de se poser la question du répertoire.  Je pense simplement que Dan a été surpris que cela puisse autant intéresser un « jeune ».  Suis-je le seul?

Dimanche après-midi: Un atelier sur la transmission du répertoire où je prends conscience du fossé entre conteurs d’expérience qui seraient heureux de partager leur répertoire mais croient que ça n’intéresse pas les jeunes et conteurs émergents trop mal à l’aise pour aborder ces grands.  Sans compter que les « vieux loups » ont leurs propres problèmes.  Comme l’illustrait bien Jocelyn Bérubé, « Ils veulent enseigner ce qu’ils savent de la forêt aux petits loups, mais la forêt a été coupée.  Leur monde a changé.  Ils ont peine à se répérer dans le territoire. »  C’est décidé, si un jour je fais un doctorat, ce sera sur l’élaboration par les conteurs contemporains (n’ayant pas bénéficié de la transmission traditionnelle) d’un répertoire de conte.

Par ailleurs, quel plaisir d’entendre Jocelyn Bérubé évoquer ses premières collectes en 1973 auprès d’un monsieur Desrosiers, violoneux et conteux, sous les questions toujours très justes de Dan Yachinsky.  Un moment que je chérirai longtemps…

En résumé, une belle fin de semaine dont je sors fort satisfait!

À la fin, il me reste tout de même un petit malaise, soit  l’impression très personnnelle que le milieu du conte est tellement pris dans ses propres problèmes et son propre besoin de définitions qu’il a de la difficulté à laisser de la place aux préoccupations de gens de l’extérieur, intéressés par le conte, mais qui l’abordent sous l’angle d’autres formes d’art, de vélléités thérapeutiques, de questionnements ethnologiques, etc.  Je sais que c’était le souhait des organisateurs que ce colloque s’ouvre à toute personne intéressée par le conte, mais de mon point de vue cela s’est terminé en réunion de famille.  Ça n’est pas triste et ça n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Ce n’est la faute de personne et il y a amplement à discuter entre nous pour que ce soit passionnant.  Pourtant, il me semble qu’on se prive d’apports externes qui pourraient nous permettre de sortir de nos lieux communs, de nos problèmes qui apparaissent souvent insolubles de l’intérieur.  Évidemment, ça veut dire accepter qu’on n’irait pas aussi loin ni aussi vite parce qu’il faudrait expliquer à ces gens le B-A-BA du contage (au sens où nous l’entendons) et possiblement lasser les initiés.  Comment en sortir?

Je n’avais pas encore pris le temps de féliciter publiquement Mathieu Lippé pour sa médaille d’or (dans la catégorie conte – conteur) gagnée aux VIe Jeux de la francophonie qui se déroulaient au Liban du 27 septembre au 6 octobre derniers.  Mais je tenais à le féliciter aussi pour un autre motif…

À l’émission Je l’ai vu à la radio de samedi dernier 10 octobre (se rendre à 42 min 14) sur les ondes de Radio-Canada, il a non seulement offert un extrait (slammé, il est vrai) fort convaincant de son conte lauréat, mais surtout il a profité de cette tribune pour rappeler qu’il y avait des festivals de conte un peu partout au Québec et inviter le public à aller entendre ses collègues.  Bien sûr, il a plogué ses propres dates de spectacle (ce qui est tout à fait légitime), mais il a surtout permis que cette visibilité personnelle rejaillisse sur d’autres artistes qui partagent la même discipline que lui.

Puissent tous les conteurs et conteuses faire de même lorsqu’ils bénéficient de trop rares moments d’attention médiatique…

Il y avait déjà un moment que je cherchais une image plus personnelle comme en-tête à Tenir conte.  Une visite chez ma collègue conteuse Julie Turconi m’a permis de prendre acte de son talent de photographe (parmi combien d’autres?). 

J’aime plusieurs des images de son exposition Fractales, mais la chenille de sa photo intitulée « Mantra » m’apparaît tout à fait en lien avec la démarche réflexive, humble, lente et progressive qui caractérise ce blogue (c.-à-d. le derrière – la réflexion critique – qui avance pour donner une impulsion au devant – la pratique du conte). 

Et, qui sait?  Peut-être qu’un jour arrivera où je me pourrai me faire papillon…

En attendant, merci à Julie pour l’autorisation d’utiliser cette image.

Depuis quelques jours, je me débats avec le verbe « assumer ».  Selon le Robert, « prendre à son compte; se charger de » (du latin as-sumere, littéralement « prendre sur soi »), mais aussi « Accepter consciemment (une situation, un état psychique et leurs conséquences) ». « Synonymes: endosser, supporter ».  C’est un verbe que j’entends souvent dans le milieu du conte, comme dans « assume la fin de ton histoire » ou « assume la gravité de ton conte », etc.

En préparation de la Rencontre internationale sur le conte le week-end prochain, je visionne certains films de la marraine de l’événement, Micheline Lanctôt.  Pour comprendre la filiation avec le conte dans son oeuvre, bien sûr, mais plus simplement comme une occasion d’élargir ma culture cinématographique québécoise.   Or, tant dans Suzie (2009) que dans Le piège d’Issoudun (2003), il est question d’« assumer » son rôle de parent.  Une fois qu’on a donné vie à un enfant, on ne revient plus en arrière.  En est-il de même pour les artistes et les oeuvres qu’ils mettent au monde?  Est-ce qu’un conteur devient en quelque sorte le « parent » des contes qu’il adopte (ou des contes qui l’adoptent)?

Lorsqu’on me conseille d’assumer ma parole ou un choix artistique, y traverse me semble-t-il une notion de responsabilité associée à une décision prise. Toutefois, ce qui pourrait sembler un fardeau doit s’accomplir dans la légerté de l’aisance…

Une décision ou un choix se prend à un moment précis dans le temps.  Ensuite, le fil des jours, les circonstances, nos humeurs variables viennent constamment fournir de nouveaux paramètres qui influent sur cette décision initiale.  Pourtant, on devrait assumer ce choix jusqu’au bout.  Mes finales doivent être contées avec la même fougue que mes entrées en matière.  L’ordre des contes de mon spectacle ne peut constamment être remis en question, pas plus que je ne dois « adoucir » un sujet plus lourd dans une de mes histoires lorsque je sens un malaise dans le public ou dévier du choix de rester de marbre même si une péripétie peut paraître saugrenue.

Est-ce trop rigide? Y manque-t-il une flexibilité liée à cet art du conte que l’on veut « vivant », « dans le moment présent »?

Pourtant, il m’apparaît enrichissant de contempler cette idée de « supporter » le conte, de l’« endosser » avec conviction et assiduité au fil du temps et parfois envers les valeurs de l’époque.  Une autre dimension au titre de ce blogue?  J’aime à le penser.

L’idée du « régal » suggérée par Gigi Bigot m’a ramené à ce texte que j’avais écrit il y a un peu moins de deux ans (le 2 décembre 2007):

«Je suis hédoniste, esthète, épicurien…

En discutant avec des amis, j’ai réalisé que ma façon d’apprécier les contes avait probablement assez à voir avec façon de déguster un vin.  De fait, je dis parfois qu’il faut qu’un vin me parle, me raconte une histoire pour que j’en jouisse!  De même, il me faut avoir un coup de coeur pour un conte, qu’il m’ait frappé, touché, boulversé quelque part.

J’ai eu l’expérience récente de boire un excellent vin mais qui ne m’offrait pas de « prise ».  Il avait un nez court, pour ne pas dire absent; il était bien construit et mature, mais aucune saveur ne s’imposait.  Sa couleur était profonde, mais sans caractéristique particulière.  Malgré son évidente qualité, je suis resté déçu.

Ce que j’essaie de dire quelque part, c’est que si le conteur doit être amoureux de ses contes (dixit Bruno de La Salle, mais aussi Jyhad Darwiche, etc.), ceux-ci doivent lui faire du charme, doivent s’imposer à lui d’une manière ou de l’autre.  Que ce soit par leur structure équilibrée, une image forte, un personnage attachant, une péripétie spécifique, un objet poétique… »

Ainsi, pour que je tombe amoureux d’un conte au point d’avoir le feu, l’urgence de le dire, il faut que quelque chose en dépasse, fasse saillie.  Il faut que je puisse en dire: « Ah oui! Lui je l’aime parce que (tel motif) » ou encore « Quel belle trame a cette histoire! »  Je lis des centaines de contes par année, mais la plupart sont lisses à mes yeux, ne ressortent pas du lot.  Comme un parfum capiteux qui enivre, des yeux d’une profondeur inusitée, ce sont les détails notables qui séduisent…

On m’a demandé de parler aussi de ma rencontre récente (en compagnie d’Éric Gauthier) avec le conteur François Épiard, dit « le passeur d’histoires », le samedi après-midi du 19 septembre dernier.  Voici mes commentaires, inspirés de ce que j’ai déjà écrit sur la liste du Cercle des conteurs des Cantons de l’est:

« Un étrange personnage.  Très gentil, plutôt marginal (et qui semble en souffrir, compte tenu de la situation en France).  Évidemment, en quatre heures, nous n’avons pu aller très loin, mais en même temps il y a des pistes intéressantes.

Intéressant pour moi de rencontrer quelqu’un qui combine un parti pris très tranché pour l’oralité (qui se positionne contre la spectacularisation et qui se méfie du passage des contes par l’écrit), tout en affirmant que nous sommes lettrés et favorisant le travail création.  Ça fait différent de l’équation habituelle: oralité = répertoire traditionnel.

Pour lui, les contes sont destinés à « endormir » au sens d’ « apaiser ».  Ce sont eux qui, lorsque la science n’y parvient pas,  fournissent des réponses – même fantaisistes – qui permettent aux humains de ne pas s’endormir avec des questions.  Un travail d’intériorité qui prend forcément du temps est nécessaire à la création menant au contage: « Je conte bien parce que j’entends bien. »  Même devant un conte existant, on essaiera de retrouver cet état de création, quitte à être malhabile.

Par exemple, afin de matérialiser le travail de création, Épiard choisit des cailloux qu’il distribue aux participants (Autant de jalons qui permettent de passer dans l’histoire… comme à gué).  Les « joueurs » déterminent ce que représentent leurs cailloux («une bataille », « un perroquet », « un arbre », « la sortie », « ni plus ni moins que le bonheur », etc.) et les présentent au groupe.  « Au commencement, il n’y avait rien… » Et la surface de jeu est vide.  Au fur et à mesure de la création de l’histoire, les cailloux s’ajoutent (sont « mis en jeu »).  Cependant, « à la fin, il ne doit rien avoir », tout doit être résolu.  Il faut donc aussi faire ressortir les éléments (mort, disparition, conclusion logique) pour compléter l’histoire.  Pour François Épiard, il faut ramasser TOUS les éléments amenés avant de conclure une histoire.

Qu’on choisisse de l’appliquer ou non dans nos contes, l’intérêt pour moi est de réfléchir à ce concept de « résolution complète » et de voir où cette réflexion nous amène.  Ainsi pour Épiard, la légende se distingue du conte parce qu’il reste des éléments, des traces tangibles du récit (une pierre levée, une église, une grotte).  Pour que le conte fonctionne, tout doit être évanescent (ex: « Et le lendemain matin, la porte était ouverte.  Il était parti. »)

J’ai déjà joué aux « Cailloux dans la tête » quelques fois avec ma famille, ce qui a donné des histoires assez bien construite, notamment avec une banane, une fenêtre, du chocolat, un chat, une bulle, une canne à pêche, des vagues et un Magli (sorte de vaisseau spatial tiré de la série télé Toc-toc-toc).

Je pense que j’adorerais assister à une conférence sur la démarche de créer des histoires à partir d’objets, en relation avec le public qu’a mené François Épiard.  Mais une conférence systématique où l’on expliquerait le projet, montrerait des photos des objets, parlerait de divers lieux de performance, du genre d’histoires créées, etc.  En même temps, je conçois bien que la démarche est forcément plus artistique (brouillonne?) que cela…  Nous avons eu droit à quelques bribes, mais je reste sur ma faim.

Personnellement, je suis content de la rencontre avec François Épiard, au sens d’avoir découvert un nouvel individu avec une nouvelle approche du conte.  Est-ce que j’en retirerai immédiatement quelque chose pour mon travail? Difficile à dire pour le moment.  Pour le moment, je suis satisfait d’avoir pu élargir mes horizons…  »

De retour de mon stage en « Création d’un solo de conte » avec Gigi Bigot.  Par où commencer?  D’abord sans doute en affirmant que Mme Bigot incarne bien ce qu’elle prêche.  Extrêmement sympathique, c’est une dame pleine de fantaisie et de malice (sans malice) qui donne le goût de se « régaler avec les mots ».  Ce verbe « régaler » me sied bien.  Peut-être parce que j’aime bien la bouffe et qu’il est associé au plaisir gustatif…

Ainsi, Gigi nous a appris quantité de vire-langues (« Natacha n’attacha pas son chat Pacha, ce qui fâcha Sacha qui chassa Natacha. ») et de vire-oreilles.  Si la première catégorie m’était familière (« Truite cuite, truite crue. », « Piano, panier », « Les chemises de l’archi-duchesse… »), la seconde était pratiquement nouvelle pour moi.  Il s’agit de phrases dites rapidement dont l’abondance de syllabes de sonorités exotiques donne l’impression que le locuteur est en plein charabia, alors qu’en fait il s’agit de mots français, tout à fait intelligibles.  Par exemple: « Oulibounish? Pinisho, wanishba, ibounish nihoniba. » (Pour comprendre, dites-le lentement à haute voix.  Sinon, écrivez-moi et je vous donnerai la solution.  Évidemment, ça marche mieux à l’oral…)

Pour Gigi Bigot, il s’agit de notre patrimoine, de trésors d’oralité présents dans toutes les cultures.  Dans son parcours personnel, elle a eu besoin de conter en patois, de retrouver ses racines pour ouvrir ses ailes et gagner la liberté de sa parole.

Gigi nous recommande de ne jamais perdre de vue ce « régal des mots », notre matière première, afin de justement « tendre vers la liberté ».  En effet, pour elle travailler un solo est le moment d’un retour vers ce qui est personnel, vers l’écriture, la création, notre monde intime.  C’est l’occasion de se présenter seul, de trouver sa manière de dire qui est différente de l’autre, de développer sa signature propre à travers la mise en place d’une architecture.  Il s’agit de « donner cohérence en artistisant »; faire un objet d’art qui se tient.

Mais alors que j’ai personnellement passé un temps fou à choisir mes contes (l’agonie des choix…) et à essayer de les mettre en ordre (huit itérations de pacing au moins…), elle propose plutôt de se demander d’abord ce que l’on veut dire au public.   « Il faut une flèche, quelque chose qui sous-tend l’idée. »  De là, les choix se feront en fonction de ce message à passer, qu’il s’agisse d’un lieu ou d’un personnage central, d’une ambiance, d’un thème ou d’une ritournelle qui revient.  Ça semble si évident « que n’y ai-je pensé avant »? Mais ça fait du bien de se le faire rappeler…

Alors que je voulais éviter le verbiage et me censurer de peur de trop parler « autour de mes contes », Gigi m’a redonné confiance en ma parole, me convaincant que ce que j’avais à dire avait de l’intérêt.  Il faut encore que l’assume afin d’« être dedans » et de le « rendre vivant », mais je suis davantage prêt à plonger dans ce que je suis et à « coudre mes rêves sur mon canevas »…

Pour cela merci Gigi.  Et merci Danielle Brabant, Karine Gibouleau, Céline Jantet, Geneviève Marier et Judith Poirier, mes compagnes de voyage attentives, allumées, respectueuses et inspirées.

Je dois toujours essayé de me retenir à deux mains et de faire le vide avant une formation parce que j’ai tendance à ressasser tout ce que j’ai appris auparavant et à me demander d’avance ce qui va rester de cet investissement en temps.  [À preuve:  Je suis en train de travailler sur ce blogue à 23 h 30 et je me lève à 5 h 30… Tout à l’heure.]

Mon complice Marc-André Caron a rédigé en 2006 un texte que j’avais trouvé particulièrement intéressant. En gros, pour chaque formateur rencontré lors des stages de conte qu’il avait suivi, il a tenté d’identifier les apprentissages conservés…  Le fil conducteur.  Je me suis livré au même exercice il y a deux ans. Je me promets bien une mise à jour mais, en attendant, vous pouvez trouver le début de cet effort de mémoire et surtout de synthèse ici

Je pars tôt demain matin pour une formation de deux jours offertes par le Regroupement du conte au Québec sur le thème « La création d’un solo de conte » (Merci RCQ!). Compte tenu de là où j’en suis dans ma démarche artistique, le programme me va tout à fait:

Les participants seront amenés à se questionner sur la pertinence de leurs choix, sur la façon de s’approprier un univers, de personnaliser leur spectacle (leur « conte »), d’être soi-même, de se sentir libre et vivant et de donner aux histoires traditionnelles ou autres toute leur force et leur pertinence dans l’ici et maintenant.

Mais surtout:

En ce qui concerne la gestion des énergies, les participants seront guidés dans leur recherche d’une technique personnelle de gestion de l’énergie et des moments forts du solo, sans céder à la peur panique de la perte de contrôle.

J’avoue être curieux de la façon dont la formatrice, Mme Gigi Bigot, conteuse française que sa réputation précède (c’est une grosse pointure là-bas!), arrivera à faire avancer chacun (nous serons six participants) sur son projet personnel tout en conservant une certaine cohésion au groupe…

Surtout, évidemment je suis aussi plutôt curieux de savoir qui est cette bonne dame. Alors je suis allé consulter son site Web. Outre la bio de circonstance, c’est ce texte-ci (« Des traces de pas dans l’air ») qui me touche beaucoup…  Par ailleurs, elle semble favoriser une approche réflexive du conte.  Disons que cela augure bien.