Depuis quelques jours, je me débats avec le verbe « assumer ».  Selon le Robert, « prendre à son compte; se charger de » (du latin as-sumere, littéralement « prendre sur soi »), mais aussi « Accepter consciemment (une situation, un état psychique et leurs conséquences) ». « Synonymes: endosser, supporter ».  C’est un verbe que j’entends souvent dans le milieu du conte, comme dans « assume la fin de ton histoire » ou « assume la gravité de ton conte », etc.

En préparation de la Rencontre internationale sur le conte le week-end prochain, je visionne certains films de la marraine de l’événement, Micheline Lanctôt.  Pour comprendre la filiation avec le conte dans son oeuvre, bien sûr, mais plus simplement comme une occasion d’élargir ma culture cinématographique québécoise.   Or, tant dans Suzie (2009) que dans Le piège d’Issoudun (2003), il est question d’« assumer » son rôle de parent.  Une fois qu’on a donné vie à un enfant, on ne revient plus en arrière.  En est-il de même pour les artistes et les oeuvres qu’ils mettent au monde?  Est-ce qu’un conteur devient en quelque sorte le « parent » des contes qu’il adopte (ou des contes qui l’adoptent)?

Lorsqu’on me conseille d’assumer ma parole ou un choix artistique, y traverse me semble-t-il une notion de responsabilité associée à une décision prise. Toutefois, ce qui pourrait sembler un fardeau doit s’accomplir dans la légerté de l’aisance…

Une décision ou un choix se prend à un moment précis dans le temps.  Ensuite, le fil des jours, les circonstances, nos humeurs variables viennent constamment fournir de nouveaux paramètres qui influent sur cette décision initiale.  Pourtant, on devrait assumer ce choix jusqu’au bout.  Mes finales doivent être contées avec la même fougue que mes entrées en matière.  L’ordre des contes de mon spectacle ne peut constamment être remis en question, pas plus que je ne dois « adoucir » un sujet plus lourd dans une de mes histoires lorsque je sens un malaise dans le public ou dévier du choix de rester de marbre même si une péripétie peut paraître saugrenue.

Est-ce trop rigide? Y manque-t-il une flexibilité liée à cet art du conte que l’on veut « vivant », « dans le moment présent »?

Pourtant, il m’apparaît enrichissant de contempler cette idée de « supporter » le conte, de l’« endosser » avec conviction et assiduité au fil du temps et parfois envers les valeurs de l’époque.  Une autre dimension au titre de ce blogue?  J’aime à le penser.

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