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Il m’est arrivé quelques fois ces derniers temps d’entendre ou de lire des collègues affirmer que, maintenant qu’ils avaient appris leurs contes par coeur, ils étaient prêts à les conter…

Quand est-ce qu’on est prêt à conter un conte? Sitôt qu’on l’a lu quelques fois? Dès qu’on maîtrise la trame du récit? Quand on n’en peut plus et qu’il nous « brûle la langue »?

Une des choses que je suis en train de réapprendre de Mme G., c’est qu’une fois le conte appris, le travail de création du conteur peut commencer.  En formation, Jihad Darwiche évoquait déjà le fait qu’une histoire choisie et mémorisée, c’est l’arbre que l’on est allé trouver et couper dans la forêt.  Avant qu’il ne devienne la sculpture – l’oeuvre – que l’on veut en faire, il reste pas mal de travail…  Et ça, c’est sans compter le sablage et le polissage afin d’adoucir les imperfections, puis les multiples couches de vernis pour faire briller!

C’est donc que des contes choisis et retenus par coeur ne sont pas encore « créés ».  Mme G. parle de se réserver des « espaces de création ».  Michel Hindenoch mentionnait l’importance de se donner des moments « perdus » pour « rêver son conte », en créer les images dans sa tête, jusqu’à ce qu’elles deviennent très nettes.  Mais je crois qu’il y a plus…

Il s’agit de répéter inlassablement ses histoires seul dans son salon – ou, dans mon cas, en marchant dans le bois – jusqu’à faire corps avec elles, jusqu’à ce quelles deviennent une seconde nature.  Puis, il faut expérimenter, tenter de nouveaux mouvements, des manières de dire différentes, essayer d’appuyer de différentes façons sur certains mots, avec différentes formules.  Qu’est-ce qui coule en bouche?  Qu’est-ce qui a le plus d’effet?  Tout cela, bien sûr, en évitant « la cassette » ou le récit figé qui sonnerait faux.

Oui, mais voilà, la conteuse ou le conteur qui pratique seul ne reçoit pas la rétroaction du public qui lui laisse connaître l’impact de ses paroles.  Il ou elle ne bénéficie pas de la relation avec l’auditeur, si essentielle à son art.  Comment palier?  Personnellement, je ne crois pas beaucoup à s’exercer devant le miroir…

Serait-ce qu’il faut devenir diseur… et son propre auditeur à la fois?  Les cercles de conteur aident à conter « avec filet », mais les rencontres sont encore trop espacées dans le temps.  Les micros-libres sont un banc d’essai intéressant, mais on est déjà en représentation et l’on doit assez respecter son public pour ne pas lui servir quelque chose qui ne soit pas encore « à point ».

Ce qui me ramène au coaching qui permet un accompagnement individualisé, à condition de pouvoir se le permettre.  Sauf qu’il y a aussi tout un travail à faire seul, entre les rencontres, afin de maximiser l’impact de ces dernières.  On n’en sort pas.  C’est ce travail supplémentaire, ces « devoirs », que je n’avais pas vu venir et qui me font apprécier d’autant plus ce qu’il faut de temps et d’énergie pour bien conter.  J’étais fier de consacrer un temps hebdomadaire à mon hobby, avec une personne que je « me payais » pour m’entendre et me relancer.   Me voilà confronté au fait que, dans un monde idéal, mon art devrait être nourri quotidiennement. Et que je dois le faire seul, encore.

Et vous, comment vous y prenez vous pour travailler seuls vos contes?

J’ai une date et un lieu pour mon « spectacle d’évaluation » en vue d’être programmé par les Productions Littorale l’automne prochain.  Malgré les papillons, les doutes et la procrastination, je ne recule plus.

Je pense que je commence à réaliser ce qui est en jeu.  Le travail à faire…

Je savais que ce ne serait pas une simple promenade, mais c’est seulement en découvrant de quoi il allait être question dans ces ateliers de coaching que j’ai perçu l’ampleur du labeur qui m’attend.  Et pas seulement pour ce projet de spectacle-ci.  Pour toute ma vie de conteur…

On nous parle souvent qu’il faut conter mieux, qu’il faut être davantage présent.  Porter l’histoire à chaque mot…  Au fond, quand est-ce qu’on va vérifier ce que ça veut réellement dire?  Mme G. est en train de me le faire vivre.

Et c’est là qu’on voit vraiment jusqu’où ça peut aller.

De l’extérieur, ça peut sembler zinzin : conter ses histoires en courant dans tous les sens, conter avec la spectatrice dans le dos, conter en illustrant tout au maximum avec les mains.

Mais quand l’on découvre qu’à chaque nouvelle direction vers laquelle on court, il faut que le regard soit dirigé, que l’intention soit précise.  Que quand on ne voit pas son public et qu’elle nous dit dans le dos « Je te perds », on se rend d’autant compte de ce qui arrive « en nous » quand la présence manque et que « ça ne passe plus ». Qu’à travers toutes ces gesticulations s’invitent des mouvements parasites qui sont là en tout temps… et qu’on commence à les remarquer!

De l’intérieur même, ça apparaît parfois zinzin au cube : Debout, sans forcer, se bercer très doucement d’avant (futur)-arrière (passé) pour retrouver son point central dans le présent.  Tanguer subtilement de gauche (yin) à droite (yang) pour retrouver sa totalité entre le féminin et le masculin.  Osciller délicatement en spirale jusqu’à ressentir le principe d’énergie. En ouvrant successivement les « trois portes » (nuque, plexus, bassin), onduler à la manière d’une algue pour réapprendre la fluidité

 

Mais quand l’on finit par comprendre qu’on est à la recherche d’une verticalité pour le corps, d’un lien fort entre ciel et terre qui permet d’être solide dans ses histoires, de s’ancrer pour mieux les incarner (et je ne parle pas d’en interpréter les personnages). Que lorsque l’on se tient droit, le regard à l’horizontal et les membres dégagés, l’histoire passe mieux vers le public, le message circule plus directement.  Que cette fluidité, elle permet de raconter en souplesse le drôle comme le dramatique…

On dit « Merci, Mme G. », on ferme sa gueule et on repart à courir.

On est loin de la musique trad, mais ces temps-ci à la maison on écoute beaucoup l’album Homme autonome de l’auteur-compositeur-interprète franco-ontarien Damien Robitaille.  Les rythmes funky sont excellents, mais (comme d’habitude) ce sont beaucoup les textes qui m’interpellent…

Mon mentor et ami, Christian-Marie Pons, m’a souvent dit être fasciné par l’habileté de certains auteurs à raconter toute une histoire en quelques vers. Je dois dire que Robitaille me semble y parvenir admirablement.  L’intérêt supplémentaire, c’est que certains thèmes qu’il aborde touche la science-fiction ou du moins l’imaginaire.

Outre la pièce-titre, « Homme autonome », où l’on parle d’un solitaire extrême, j’apprécie particulièrement la chanson « Mon nom » qui fait entendre la complainte d’un personnage qui n’a jamais été nommé:

« De mon avenue, je suis envieux
Elle a un nom, elle est connue.   

[...]

J'suis l'homme qui ne se nomme pas
Le synonyme de l'anonymat

[...]

Sur ma carte d'identité
Il n'y a rien de marqué... »
D’autre part, dans « Le touriste du temps », on a carrément affaire à un voyageur spatio-temporel!
« Le touriste du temps
S’promène sur le calendrier
Hier, vers le futur
Demain, vers le passé
S’il passe par mon époque, qu’il vienne frapper à ma porte
Qu’on jase de ma jeunesse
Et de ma destinée.
[...]

Visionnaire nostalgique
Sans sens chronologique.
Ta présence manque au présent
Repose-toi un instant... »
Je continue à chercher à comprendre la recette d’une pareille efficacité…  Outre
les superbes allitérations pleines de sens (« synonyme de l’anonymat »,
« ta présence manque au présent »), je pense que dans les deux cas la situation
imaginaire absurde (un homme qu’on n’a pas baptisé, un autre qui fait du 
tourisme dans les différentes époques) a néanmoins une dimension métaphorique
qui renvoie à des angoisses bien réelles auxquelles tous peuvent s’identifier
(c.-à-d. le besoin d’être connu, la difficulté à vivre le moment présent).

J’aime bien quand la fantaisie nous confronte ainsi au réel.

Robert Bouthiller a récemment affiché cette vidéo sur son profil Facebook.  J’adore ça!  (Y’a parfois décalage (lag), mais écoutez jusqu’à la fin pour voir les « noms de code » des « agents » séditieux…)

Ça conforte une idée que j’ai depuis un certain temps, à l’effet qu’il faudra probablement que les conteurs exposent le public au conte « de force » pour lui rappeler qu’ils sont bien vivants et actifs en 2010…

Je découvre avec bonheur les chroniques « Il était une fois… le conte » que présente Micheline Lanctôt à l’émission La tête ailleurs, animée par Jacques Bertrand, les samedis à 16 h, à la première chaîne de Radio-Canada.

Micheline Lanctôt, comédienne, réalisatrice et scénariste bien connue, avoue d’emblée ne pas être une experte de la question.  Néanmoins, elle a été marraine de la Rencontre internationale sur le conte organisée par les Productions Littorale en octobre dernier, à Sherbrooke.  Lors de sa présentation d’ouverture, on avait été à même de constater sa fascination pour le genre – depuis sa tendre enfance, selon ses dires.  Ses chroniques sont de la même veine…  C’est dense, jouissif et touffu d’érudition.

Chronique du 9 janvier: « Les origines du conte »(et leur fonction).  Pour elle (et je suis assez d’accord), le conte a permis aux premiers hommes de « gérer » leur instinct animal.  Les contes seraient des « mèmes à forte inertie » qui nous ont permis de nous reprogrammer au moyen de la culture.

Chronique du 16 janvier: « Comprendre l’incompréhensible » (de la notion de sacré dans les contes) qui tentent d’expliquer l’univers, la naissance, la mort, etc.  Elle clôt avec le point de vue de la physique quantique sur la Création, rien de moins.

Et ça continue la semaine prochaine avec le conte gothique et ses précepts moraux.  Génial!

Mon autre « re-coup de coeur » de lecture pendant le temps des fêtes, c’est Suddenly They Heard Footsteps – Storytelling for the Twenty-First Century de Dan Yashinsky (Vintage Canada, 2004). Il a été traduit par les éditions Planète Rebelle en 2007. Je le lisais pour la troisième fois, je crois.  Ici aussi, une lecture stimulante, mais définitivement réconfortante.

Dan Yashinsky est l’un des plus importants conteurs du Canada anglais. Fondateur du Toronto Festival of Storytelling, il conte depuis plus de trente ans.  C’est aussi un homme extrêmement simple et extraordinairement sympathique que j’ai eu la chance de rencontrer à quelques reprises.  Son intellect vif lors des échanges et son visible amour des gens sont contagieux.  Avec les conteurs anglophones des Township Tellers, il a été une de mes portes d’entrée vers le milieu du conte anglophone où la dynamique est plus axée sur le communautaire que sur le spectaculaire.

J’aime le livre de Dan parce que ça se lit comme une biographie.  C’est touchant et profondément humain, donc facile d’accès.  Mais, en même temps, c’est une biographie de conteur.  À travers tous les épisodes biographiques filtre de nombreuses leçons pour les conteurs novices qui veulent bien y porter attention:  Comment animer une soirée de contes?  Comment apprendre des conteurs d’expérience? Comment bien choisir les contes trouvés dans les livres? Quand et comment adapter un récit traditionnel?

Par ailleurs, c’est merveilleusement teinté de l’humour pince-sans-rire de l’auteur.  Ça donne des passages comme suit:

« Il y a deux savoir-faire extrêmement importants que les conteurs doivent maîtriser.  Le premier, c’est comment déplacer les meubles.  Le second, c’est comment apporter une tasse de thé à une vieille dame. »

J’ai peu entendu Dan Yashinsky conter, mais c’est certainement l’un des auteurs les plus généreux qu’il m’ait été donné de lire.  Qu’il parle avec émotion des derniers moments passés avec ses mentors en fin de vie ou d’avoir raconté à son fils qui reposait entre la vie et la mort dans une unité de soins néo-nataux, il partage sans pudeur l’amour, voire la nécessité, de l’art oral qui pour lui se tisse intimement avec la vie.

« Nos histoires et nos proverbes constituent un cadre à l’intérieur duquel les enfants comprennent quelle place ils occupent dans le monde.  À travers ses récits souvent répétés, une famille se rappelle son histoire, ses valeurs, son goût de l’autodérision, ses moments d’héroïsme et les victoires de sa survivance.  En grandissant, on entend tout le temps ces petites histoires et ces fragments de souvenir sans y prêter attention; plus tard, on les chérit. C’est grâce à eux que nous savons comment notre traversée de la vie a été perçue, rappelée et évaluée. […]  Nous sommes nés dans des maisons faites de briques et de bois.  Mais nous sommes nés aussi dans des maisons faites d’histoires, de souvenirs, de dictons et de citations.  Les histoires gardées vivantes dans les familles marquent la croisée des chemins du passé, du présent et de l’avenir. »

C’est pourquoi il encourage les conteurs à puiser dans ce fonds pour constituer leur répertoire.  Pour lui, tous savent « parler conte », une habileté culturelle acquise au fil des jeux de mots, comptines et calembours, mais il faut s’y reconnecter:

« À mesure que l’on construit son répertoire de contes, il est important de garder à l’esprit que l’on construit sur des fondations qui remontent à l’enfance.  Chaque histoire que l’on apprend ajoute une nouvelle qualité, une profondeur et une aisance à un second langage que l’on a commencé à maîtriser la première fois que l’on a joué à faire ‘coucou’. »

C’est ainsi que pour lui, les humains sont « storytropic », viscéralement interpelés par les contes…

« Les contes oraux veulent nous aider à nous souvenir que la vie sur notre verte planète est éclairée à la fois par la lumière du jour et par la lumière des contes.  C’est pourquoi même les plus sceptiques écoutent de bon coeur le conteur quand il commence.  Soumis au tropisme du conte, nous sommes attirés par le récit aussi naturellement que les tournesols s’ouvrent au soleil. »

En nous racontant sa première expérience de contage dans un camp d’été, alors qu’il a rencontré son premier « dragon », un enfant difficile qui ne cessait de l’interrompre, il nous rappelle un truisme fondamental de l’art du conte, mais que l’on oublie si souvent : « Celui qui écoute est le héros du conte. »

« …Chaque fois que je conte devant un public, j’essaie de me souvenir que le héros de mon histoire est peut-être assis là, juste en face de moi.  Il ou elle est celui ou celle de qui l’on dit qu’il apprend lentement, qu’il ou elle est bête, celui ou celle qui risque de devoir abandonner ses études.  Pour ceux ou celles-là, l’histoire est bien plus qu’une suite divertissante de mots.  Ils écoutent parce qu’ils veulent que l’histoire soit vraiment la leur, une histoire qui puisse même contenir leurs folles passions, leurs peurs, leurs inconduites insensées et leur chance de pouvoir changer. »

D’auditeur-héros en auditeur-héros, c’est le rêve de tous ces « fous d’orage » (storm fools) que sont les conteurs qu’enfin leurs histoires parviennent à « réparer le monde » [Je conserve cette dernière citation en anglais parce qu’elle m’apparaît plus puissante en version originale…]:

« People have a new desire to reconnect to their own voices, memories and stories.  We’ve come to realize that we can’t double-click on wisdom. You must spend time listening and what you must listen to are stories told by word of mouth. The human race has never found a better way to convey its cumulative wisdom, dreams and sense of community than through the art and activity of storytelling. […] …In an age where the story-fire is almost extinguished, when news replaces narrative, and broadcast voices replace the living tongue’s frequency; when screenglow replaces hearth-fire, and data replaces wisdom…  We must rediscover the very form of storytelling, and through that begin to find the stories that will mend the world. »

Moi, c’est le genre de citations qui me font du bien à l’âme.  Ça me confirme encore et encore mon choix de consacrer une partie de ma vie à cet art.

Est-ce que j’ai dit que c’était un livre essentiel? Mike Burns m’a déjà confié qu’avec Conter, un art? de Michel Hindenoch, ça lui apparaissait un des ouvrages les plus complets sur notre métier…

Qu’est-ce que vous attendez pour aller vous en chercher une copie?

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MÀJ (18/01/10): À bien y penser, c’est aussi un livre intéressant pour les non-conteurs.  Yashinsky y parle du désir de conter, comme un besoin, voire une urgence.  Utile pour les gens qui se demandent qu’est-ce qui pousse ces fous et ces folles à apprendre des histoires par coeur et à aller les raconter à leurs semblables…

Y’a des bouquins pour différentes saisons.  Le temps des fêtes m’aura permis des lectures de coin de feu:  stimulantes, mais tout de même chaleureuses et réconfortantes.

D’abord, Aventures du baron de Münchhausen – avec illustrations de Gustave Doré – dans la collection Folio Junior de Gallimard (chouette de trouver des livres pour soi quand on cherche pour un cadeau d’enfant!).  J’avais vu des films et des dessins animés, mais jamais lu les aventures du célébrissime baron dans le texte.

Première constatation, c’est un must pour quiconque s’intéresse aux tall tales (mais voir aussi la définition Wikipedia). Vous savez, ce genre de conte superlatif où les exploits du héros deviennent si exagérés qu’on frôle et parfois qu’on saute à pieds joints dans le fantastique, voire l’absurde, créant sciemment du légendaire. Disons que le baron n’a rien à envier aux Paul BunyanJos Monferrand (apparemment traduit par Big Joe Mufferaw en anglais!) et autres Capitaine Bonhomme de ce monde.

J’apprends d’abord que le monsieur a réellement existé (1720-1797). J’aime bien quand la fiction rejoint la vie réelle.  Allemand, il aurait été officier à la solde des russes. Il aimait bien raconter ses exploits et les exagérer un peu, mais il semble qu’il aurait été mécontent de tout ce que ses chroniqueurs y ont ajouté.

« [Il] n’a pas seulement voyagé assis sur un boulet de canon. Il a aussi chassé le lièvre à huit pattes, monté un cheval coupé en deux, dansé la gigue écossaise dans le ventre d’un poisson, dispersé la flotte du sultan de Constantinople, chevauché au fond des mers, vécu parmi les ours polaires, voyagé sur la lune. » (extrait du quatrième de couverture)

Au Québec, cette tradition où le narrateur parle à la première personne et décrit ce qui lui est arrivé avec hyperboles s’appelle de plus en plus « menteries » (comme dans « concours de… »).  Ce n’est pas un genre où je me sentirais personnellement à l’aise, mais le baron en maîtrise toutes les subtilités.  Par exemple, il s’offusque d’avance qu’on puisse mettre en doute la véracité de son récit.  Il va jusqu’à préciser qu’il pourrait raconter des sornettes, mais que cela ne se fait pas en bonne société.  Il admet que certaines parties de ces histoires sont difficiles à croire et, du coup, il ajoute une partie plus invraisemblable encore pour donner l’impression que les premières étaient somme toute « bien raisonnables ».

Les sceptiques seront… pas contents, mais c’est une très sympathique lecture où l’on ne se casse pas la tête et où l’on sourit beaucoup.  Les illustrations de Doré sont tout simplement suaves.

Retour en arrière: Je m’aperçois que je ne vous ai toujours pas présenté ma coach, Mme G.

[Y’a pas de raison particulière à son anonymat autrement que le fait qu’il y a comme une tradition dans les blogues d’avoir des personnages qu’on ne nomme pas…  J’aime bien qu’il y ait un mystère autour d’elle.  Comme si elle était mon arme secrète.  En tant et lieu, quand le processus sera complété, je pourrai témoigner publiquement de tout ce qu’elle m’aura apporté.]

J’ai pas fait de recherches de midi à quatorze heure.  Je connaissais son conjoint pour avoir déjà travailler avec lui il y a des années.  Je savais qu’elle offrait ce genre d’accompagnement.  On s’est rencontré pour du travail « pratique » une fois avant les Fêtes (avant mon spectacle à Québec), puis une autre fois pour planifier le travail de cet hiver.  Ça a cliqué et on se l’est dit. Le fit est bon.

Je ne sais pas s’il y a un art pour se choisir un coach, quelqu’un qui ait un regard externe sur le travail artistique que l’on fait.  Pour moi, il fallait que la personne sache entendre là où je voulais aller, mais soit à l’aise d’être proactive et de m’offrir des pistes que je n’aurais pas pensé explorer.

Je voulais aussi qu’elle ne vienne pas du milieu du conte.  Mme G. est chorégraphe de formation.  Je ne sais pas trop pourquoi, mais je vois beaucoup d’affinités entre conte et danse, bien que l’un soit art de parole et l’autre art du corps…  C’est sûr que le conte passe par le corps du conteur.  …Et je suppose que le corps qui danse raconte pas mal d’affaires.

Mme G. a aussi été directrice artistique, performeuse, enseignante.  Si j’ai envie de jaser théorie, elle sera une bonne interlocutrice.  Comme on dit,
«  elle peut m’accoter n’importe quand »…

C’est pourtant dans le non-dit que j’ai envie de travailler avec elle.  Les silences, la respiration, la posture, le rapport indicible avec le public, le niveau d’énergie à maintenir.  Les couleurs que je veux donner à mes histoires, à ma façon de conter, que ce soit triste ou gai.  Mme G. parle de vibrations.  Comme dans « vibrer (soi-même) et faire vibrer » (le public).  Rien de très ésotérique au fond.  Ici aussi, je la sens plus que compétente.

Ce qui m’a mis vraiment en confiance cependant, c’est l’acuité de son sens de l’observation.  Même devant un art qu’elle ne connaît que très peu, elle a su capter rapidement (mieux que moi même) le sous-texte qui traverse le spectacle que j’ai envie de donner.  Alors que tous mes contes tournent autour de l’idée de la mort et du passage vers divers Au-delàs, elle y a vu une volonté de parler de la beauté des choses et du monde (bien terrestre) qui nous entoure…

Que ça sera Bon de travailler sur le Beau!

Début demain soir de mon travail coaché en préparation de mon premier spectacle solo « officiel ».  Une quinzaine de rencontres semi-hebdomadaires avec Mme G. jusqu’à la représentation début mai. Un programme ambitieux:  travail sur la constance, l’énergie, les tics, le regard, le rythme, etc.  J’ai hâte de commencer, bien sûr, mais je vis aussi pas mal d’anxiété.  Un peu de trac à me demander ce que je m’en vais faire dans cette galère…  C’est sûr que ce serait plus facile de passer mes prochains mardis et mercredis soirs à écouter la télé ou à me coucher de bonne heure pour être en forme le lendemain au bureau.

Un ami conteur me souhaitait de l’inspiration.  Si l’adage qui veut que l’art soit 10 % d’inspiration et 90 % de transpiration a du vrai, je pense que j’en suis à la seconde partie.  Le show est monté (les contes sont choisis, les liens partiellement bâtis – d’autres surgiront je suppose), le vrai travail commence.  Si j’ai un tant soit peu d’intégrité artistique, et compte tenu de toutes les personnes que j’ai critiquées (le plus souvent à leur demande – je m’excuse pour les autres), je me dois d’être aussi exigeant envers moi-même.  Le fait est que j’ai une tendance naturelle à être paresseux…

Je ne m’en vais pas à un programme d’entraînement pour un match de boxe ou une compétition olympique, pas plus que je ne m’en vais en thérapie. Reste que j’ai bien l’impression que je vais être mis en face de choses de moi que je n’aime pas particulièrement.  Des manières de faire, de me tenir et de dire qu’il ne sera pas toujours évident de détricoter.  C’est pour ça le coaching, pour le miroir.  Y’aura sûrement des moments où je vais me demander si le jeu en vaut la chandelle, si je ne me prends pas pour le conteur que je ne suis peut-être pas finalement.

Je vais tenter de tenir ici le journal de ce travail en route vers un spectacle.   Toujours dans l’optique de ce blogue: Pour moi d’abord, pour réfléchir à ce qui se passe; prendre du recul.  Mais avec vous…  Pour ce que ça peut susciter d’échanges et de réactions.  Un oeil dans les coulisses d’un show à venir, en somme. Possible que je ne vous réponde pas toujours parce que je serai dans le processus, mais je lirai tout.  Je m’en fais un devoir.

Souhaitez-moi donc de la persévérance.