Par derrière chez mon père, il y a un pommier d’août
Les feuilles en sont vertes et le fruit en est doux… 

Par ces vers d’une version du « Grain de mil », je veux me rappeler le mois d’août 2011 plein de soleil, de rires d’enfants dans la piscine, d’expériences BBQ, de musiques et bien sûr d’histoires… J’ai donc surtout pris le temps de vivre parce que parfois c’est en engrangeant des sensations et des expériences que l’on nourrit nos contes. J’ai peu blogué, même si les occasions de le faire n’ont pas manqué. Pour mémoire, je tenais à en garder trace. Petite chronique d’un mois faste qui a filé trop vite :

    • Le 1er août, je suis revenu d’une journée au Festival Mémoire et racines(à St-Charles-Borromée/ Joliette dans Lanaudière), toujours aussi riche en découvertes et en rencontres.
      •  J’y ai entendu conté le copain FX Liagre qui a offert des extraits de son spectacle Tro Breizh, le récit au « je » d’un pélerinage traditionnel aux six saints fondateurs de la Bretagne.  Vous savez ces bouts d’histoires locales qui ne suffisent pas à faire un conte toutes seules, mais qui sont tout de même passionnantes ? FX a eu la bonne idée d’en faire un superbe collage de légendes et traditions.  Alors que le conteur d’origine bretonne nous a habitué a des histoires assez morbides lorsqu’il s’agit de ses créations, il semble éprouver une réelle tendresse pour les personnages de contes « de par chez-eux ».  Oh! On est toujours dans le mortuaire, mais cette affection qu’il transmet bien et qui mâtine la noirceur m’a touché.  Avec la magnifique voix basse de FX, les gwerzou (complaintes bretonnes) deviennent lancinants et nous hantent longtemps.
      • J’ai enfin entendu la dynamique et solide conteuse Arleen Thibault.  Ses contes m’ont semblé assez écrits (et ô combien savoureux !), sa prestation théâtralisée, mais elle est complètement présente et se laisse toujours une liberté qui lui permet d’interagir avec le public. C’est très chouette et joli !  Comme j’ai essentiellement entendu du conte traditionnel cette fois-ci (mais avec sa touche bien personnelle), j’aimerais voir une de ses créations une prochaine fois, notamment « 42 degrés à l’ombre ».  Quelle belle idée que cette canicule qui altère la réalité.
      • J’ai écouté le conteur et musicien Jacques Landry à peine quelques minutes.  Si j’adore le traditionnel et le naturel, les « conteurs nus » comme les appelaient Guth Desprèz, là je n’ai pourtant pas trouvé mon compte. Je l’ai senti brouillon et forcé.  Je le mentionne surtout parce que, malheureusement, alors qu’il y avait trop peu de public pour FX et Arleen (programmés plus tôt), c’était plein pour M. Landry, une vedette locale.  Les gens ont semblé apprécier, mais j’ai trouvé triste que cette image du conte domine [MAJ 13/03/12 – Modifié suite un échange avec Daniel Roy : voir les commentaires ci-bas].  Mais je laisse filer…
      • J’ai pu constater derechef que la tension entre rester « pur » ou choisir faire du neuf avec la tradition existe aussi chez les musiciens trad.  Entre la sympathique musique hillbilly réinventée par les festifs Lake of Stew et le traditionnel un brin jazzé des Mononcles (dont j’adore pourtant l’inventivité des harmonies vocales lorsqu’ils redeviennent des Charbonniers), mon coeur est spontanément allé aux anglophones, quitte à passer pour un traître à la nation.  Si j’ai aimé l’énergie de De Temps Antan, j’aurais aimé les voir explorer davantage, essayer de nouvelles choses. Et que dire de la phrase porte-étendard du trad québécois, si usée qu’elle est devenue cliché : « Est-ce que tout le monde est de bonne humeur ? » Pus capable de l’entendre. File…
    • Dans les semaines qui ont suivi le Festival, j’ai beaucoup écouté les deux disques que j’en ai ramené.  D’abord le Trio Stéphanie Gagnon, un véritable coup de coeur, notamment avec la voix éthérée si peu « traditionnelle » de la chanteuse.  Leurs versions du « Roi a fait battre tambour » et des « Marches de la cour du palais » m’ont littéralement charmé. Puis, l’album Le beau chemin rallonge pas, deuxième opus de la formation Barde fou, de Québec.  Je craque notamment pour « Le dévidoir » a capella qui est entré dans mon répertoire personnel.
    • Pour septembre, je me suis mis à l’écriture de deux histoires, un conte sur mesure pour un anniversaire et un conte écrit en collaboration.  Pour le conte sur mesure, y’a quand même une belle difficulté à créer une histoire à l’intention de quelqu’un que l’on ne connaît qu’à partir des témoignages de son conjoint et de ses amis…  Mais je suis sur une bonne piste !  Avec mon amie la conteuse française Alice Duffaud, qui sera en visite au Québec cet automne – notamment en soirée d’ouverture aux Contes de la mare à la microbrasserie La Mare au Diable le 25 septembre prochain et pendant le Festival Les jours sont contés en Estrie – nous sommes à la rédaction à distance et à quatre mains d’un conte original.  S’il est prêt, nous en livrerons une première version à la Mare.  À suivre.
    • Le 12 août, je suis allé entendre Galant, tu perds ton temps au Festival des traditions du monde de Sherbrooke.  Toujours agréable.  Je me suis ennuyé de Mia, même si la Stéphanie qui la remplace fait du bon travail.  Dans le nouveau « pub irlandais » du Festival (une tente avec une façade de bois, des serveuses à tresses, de la Guiness – mais aucune autre bière irlandaise), j’ai aussi pu entendre le groupe celte Matching Keys que j’avais manqué à Joliette.  C’est très bon, notamment les Uilleann Pipes (Christophe Garenc), encore le violon d’Alain de Martin Racine (il est aussi du Trio Stéphanie Gagnon) et la superbe voix de Bill Vincent.
      • Ici encore, dans le pub, j’ai été frappé par le désir de « créer une expérience » irlandaise en multipliant les signes d’une « irlanditude » qui a probablement assez peu à voir avec les véritables traditions de ce peuple.  On se serait crû à la St-Patrick.  La comédienne Isabelle Gosselin a bien essayé de faire mieux connaître les légendes et les croyances irlandaises, mais on nous avait annoncé des contes irlandais… [NDLR : Il va falloir que je parle aux organisateurs : des conteurs irlandais québécois, on en connaît au moins un…] Je me suis demandé si les autres « expériences » ethniques que nous offraient ce Festival étaient aussi « cadrées ».  Et j’ai repensé aux signes de notre « québécitude » que l’on agite souvent dans l’univers du trad…  Et on laisse filer.
    • Le 20 août, aux concerts Musiques des nations du Marché de la gare de Sherbrooke, j’ai entendu en famille les Siffleurs de nuit, groupe traditionnel breton formé notamment des amis Anthony Gérard et Emmanuelle Hélias.  Mon fils aîné était peut-être Gallo dans une autre vie, parce que depuis j’ai ressorti ma compilation de Tri Yann et il adore.  Depuis cinq ans, Musique des nations nous fait faire des découvertes magiques.  Quelques semaines plut tôt, j’y avais enfin entendu Crowfoot.  Je comprends mal qu’on n’en fasse pas davantage la promotion à Tourisme Sherbrooke.  File, file…
    • Le même soir, j’ai conté littéralement à côté du feu au Camping rustique Au Conte Dormant d’Orford.  Les spectateurs étaient attentifs, la nuit était magique.  Quelle bonne idée de faire la promotion d’un camping par le conte…  Bravo à Simon et à son équipe pour l’initiative !
    • Grâce à ma fée-marraine, j’ai été nommé comme « représentant du patrimoine immatériel » à un nouveau Comité patrimoine du Conseil de la culture de l’Estrie.  Hâte que les travaux commencent.  À ma connaissance, et contrairement à d’autres régions, peu de collectes ont été faites en Estrie.  Mais bien sûr le patrimoine immatériel (ou vivant), c’est beaucoup plus que les contes et les chansons.  Je vous en reparlerai.
    • Le 24 août, pour son anniversaire, Jean-Marc Massie nous livre le texte  » Paroles tous azimuts « , alors que les éditions Planète Rebelle sortaient en librairie le livre-cédé Narrateurs atypiques pour un siècle hystérique, dont plusieurs des contes ont été enregistrés dans le cadre d’un cabaret pour la défunte émission Vous êtes ici (je suis en deuil) de Patrick Masbourian à la Première chaîne de la SRC.  Dans son texte, Jean-Marc affirme :« …[S]ans conteurs traditionnels, il n’y aurait jamais eu de narrateurs atypiques. Ils sont l’alpha et l’oméga des arts de la parole, de la plus traditionnelle à la plus expérimentale. Laisser la tradition s’exprimer dans les labyrinthes de la narration atypique, c’est délaisser les vaines querelles des anciens et des modernes, guerres de clochers aussi stériles que celles sévissant dans nos villages d’antan. »   J’aurais évidemment eu envie de lui répondre, tant je suis d’accord avec les deux premières phrases de la citation et en désaccord avec les adjectifs « vaines » et  « stériles » pour qualifier le genre de discussions que génèrent le présent blogue.  Je vais attendre d’avoir entendu le cédé.  Je file doux.
    • Le 27 août, j’ai enclenché ce que j’ai appelé le « Projet Mémoires et Paroles VMOC ».  Ça doit resté secret pour le moment. Désolé.

Qu’est-ce que ça file vite et bien, l’été, non ?

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