En cadeau pour ses bénévoles du Festival, la Maison des arts de la parole nous a offert le 22 novembre dernier un conteur: Bob Bourdon / Robert Seven-Crows.  À travers les chants et autres contes, de sa belle voix il a raconté Oochigeas, la légende de la « petite brûlée » ou la Cendrillon amérindienne, amoureuse du chasseur invisible [dont Roch Voisine a apparemment fait une chanson… où il ne reste pas grand chose de la beauté du conte].

Croyez-le ou non, je ne l’avais jamais entendue auparavant (il paraît que Stéphanie Bénéteau la raconte pourtant depuis plusieurs années).  J’avoue avoir adoré la version de Bob…  au point d’avoir envie de la raconter à mon tour.  Moi qui n’aime pas beaucoup Cendrillon, la robe en écorce de bouleau et les mocassins trop grands m’ont fait craquer pour Oochigeas.  La bandoulière en arc-en-ciel du chasseur Invisible et son arc fait de la voie lactée m’ont fait rêver…

Pourtant, je me suis interdit de raconter des contes amérindiens, parce que j’ai entendu trop de conteurs les abîmer…  Oui, c’est dur, mais je crois qu’il est possible de conter mal.  C’est probablement subjectif, mais parfois, dans mes oreilles, certains contes pourtant magnifiques font dissonance.  Est-ce parce qu’en tant que blancs il nous manque souvent des références culturelles, une sacralité qui donnerait leur souffle à ces histoires?  Je l’ai d’abord pensé, mais je n’en suis plus sûr.  Sans doute qu’il existe des mi’kmaqs qui content bien cette histoire et d’autres qui la conteraient mal…  Comme il y a sans doute des blancs, des noirs ou des jaunes capables de se mettre dans le bon état d’esprit et de déployer les talents appropriés pour servir l’histoire…

Au spectacle de clôture du Festival, Michel Hindenoch a raconté « Comment Corbeau a volé la lumière », un mythe Haïda…  que Nadine Walsh avait raconté le matin même lors d’un spectacle pour enfants.  Et je n’ai pas trouvé plus étrange qu’un Français d’origine alsacienne s’approprie ainsi un mythe d’amérindiens de la côte Ouest… non plus qu’une Saguenéenne d’ailleurs…  Mais mes enfants ont pu dire qu’il la connaissait l’histoire, parce que je leur avais déjà racontée… dans l’intimité du foyer, loin d’autres publics.

Mais oserais-je Oochigeas?  Je ne suis pas sûr d’être prêt.

On y revient forcément: respect de soi (Est-ce que j’en ai envie? En suis-je capable?), respect de l’histoire (Vais-je faire honneur au conte?), respect du public (Vais-je donner un bon spectacle?)…  Si la réponse n’est pas oui à toutes ces questions, je préfère attendre, personnellement.

Y’a des mocassins qui restent trop grands même si on a bien envie de les chausser…

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