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Il semble qu’avec mon dernier billet sur la liberté du conteur, j’aie mis le doigt sur une question qui suscite certaines passions. Du moins, plusieurs semblent avoir une opinion sur le sujet. Je réfère le lecteur aux interventions passionnantes de Robert Bouthiller et de Marc Aubaret que je remercie de leurs contributions très riches. Mais ce n’est pas tout…

Avant même que je n’aie pu publier mon billet où j’expliquais comment son spectacle m’avait amené à réfléchir à cette question, Jérôme Bérubé avait déjà répondu à mes interrogations par un long texte dont je présente ici certains extraits qui me semblent les plus susceptibles de nourrir la discussion : Lire le reste de cette entrée »

[L’amie Alice est de retour de Martinique.  Par ses textes, elle continue de nous entretenir de ses expériences de conteuse là-bas.]

J’écris vite et je suis émotive. Pas de quoi fouetter un chat, mais de quoi écrire des bêtises, oui. L’article « De la culture créole en pays créole » (titre un peu pompeux lié aussi à la précipitation) a suscité des commentaires de la part de mes amis Martiniquais, lesquels ont mis en lumière quelques erreurs dont j’aurais pu me passer si seulement j’avais été plus patiente, attentive et avisée… Sans le vouloir, j’ai fait ma « maudite française », ention et damnafer ! Moi qui déteste me voir dans ce miroir-là.

Mea Culpa donc, et je reprends depuis le début :

Qu’est-ce-que je faisais là-bas en Martinique ?  J’étais en résidence artistique « Arts de la Parole » pour un mois, afin d’écrire un spectacle (thème : « la cuisine dans le conte »…). J’y avais été invitée par l’association Martiniquaise VIRGUL’, conventionnée par la Direction des Affaires Culturelles, et à l’instigation de son directeur artistique, Valer’EGOUY, conteur, comédien, homme de scène et organisateur… Rencontré au festival « Les jours sont contés en Estrie » 2011…  À Sherbrooke !  Le monde du conte est à la fois immense et petit ! Lire le reste de cette entrée »

Toutes ces réflexions autour de l’immersion et de la sérendipité sont bien sûr inspirées par le projet sur lequel je travaille dans le moment avec les collègues Ours cordial, Ours insolite et Boucles d’or.  [Je me suis totémisé moi-même « Ours perplexe », pour vous servir…] Titre de travail : Le bal des ours.  Pour le 2oe anniversaire du Festival Les jours contés en Estrie (octobre 2012), nous sommes à préparer, vous l’aurez compris, un spectacle avec quatre histoires ursines (une par conteur).

Je m’attaque personnellement au conte de «Jean de l’ours » (AT 310B).  Un gros morceau.  Comme c’est un archétype qui existe dans les univers culturels européen, asiatique et amérindien, j’ai l’embarras du choix des versions… et des péripéties.  Pas de rareté ici; le travail en est plutôt un de filtrage des éléments qui me parlent le plus et de synthèse personnelle.  Si le début du conte est assez stable dans l’ensemble des versions que je lis, les derniers épisodes (notamment les aventures du héros dans « le monde souterrain ») vont dans plusieurs directions.  À moi de choisir ce qui me semble le plus signifiant pour en faire un récit cohérent.  Respecter l’histoire, tout en lui donnant ma couleur, mes motifs. Lire le reste de cette entrée »

Ouf ! Mon dernier billet remonte déjà à la mi-avril…  Faut dire que, depuis, j’écris quand même pas mal… Mais j’écris des contes.  Ou du moins, je lis, j’adapte et j’invente des récits auxquels j’espère conférer des éléments proches du conte.  Évidemment, moi qui favorise habituellement les récits traditionnels, ça m’a amené à me poser des tas de questions sur la possibilité ou non d’inventer de nouveaux contes, ce que ça prend pour que ça en soit, etc. Lire le reste de cette entrée »

À ceux qui s’intéressent aux nouvelles formes de narrativité qu’ouvre le numérique, deux références rapides:  D’abord un billet de Gina Desjardins, l’une des blogeuses du site Triplex de Radio-Canada, qui complète fort bien mon propre billet de l’été dernier sur le Storytelling Transmédia.  D’autant plus à propos qu’elle rend son explication lumineuse en l’illustrant par l’hypothétique diffusion transmédiatique d’un conte de fée (Blanche-Neige).  Que n’y eus-je pensé avant elle!  Ainsi:

Si l’équipe de promotion de ce film faisait du transmédia avec Blanche-Neige, voici ce qu’on pourrait voir et lire avant la sortie du film en salle :

–       Une bande dessinée sur les sept nains avant qu’ils trouvent Blanche-Neige évanouie. On en apprendrait davantage sur qui ils sont.
–       Un court-métrage sur l’histoire de la mère de Blanche-Neige qui souhaitait ardemment un enfant et qui a laissé quelques gouttes de sang tomber dans la neige après une blessure au doigt.
–       Un roman sur le passé de la future méchante reine à la recherche d’un mari et cette fée qui lui a fait don d’un miroir magique.
–       Un blogue tenu par le miroir magique. Il publierait des billets par rapport à l’obsession de sa propriétaire sur sa beauté et son exaspération de ne servir qu’à répondre à une seule et même question.
–       Un jeu impliquant le prince et ses missions qui l’amènent à parcourir la forêt.

Le transmédia permet de faire connaître l’univers aux gens sans trop dévoiler l’histoire de la réalisation ultime. Chaque média participe à sa façon au récit principal, mais chaque histoire existe indépendamment. C’est le point d’entrée d’un univers narratif adapté à différents publics.

Par ailleurs, la même Gina Desjardins n’a pas manqué de souligner (comme plusieurs autres journalistes) l’arrivée de la très chouette websérie interactive Fabrique-moi un conte, une idée de la réalisatrice Myriam Bouchard (Les chroniques d’une mère indigne), où l’internaute est invité à voter à chaque semaine pour donner à un réalisateur connu des contraintes (conte, acteur, lieu) dans la réalisation express (2 jours d’écriture/1 jour de tournage/ 2 jours de montage) d’un court métrage.  Symptomatique de la visibilité médiatique du site, le hashtag (mot-clic?) #lescontes sur Twitter renvoie désormais à cette série…

Mon seul regret: Les treize contes proposés sont tous archi-connus du grand public (PinocchioLe vilain petit canardBlanche-NeigeLa Barbe-BleueAlice aux pays des merveillesCendrillonLe petit chaperon rougeLa belle au bois dormantLa belle et la bêteJacques et le haricot magiqueLes trois petits cochonsBoucle d’or et Le vaillant petit tailleur).  Est-ce qu’il n’y aurait pas eu là une magnifique opportunité de faire découvrir des contes plus rares aux adeptes de la série?  Évidemment, une partie importante du plaisir est de voir comment les réalisateurs vont réinterpréter ces trames maintes fois utilisées, avec l’aide des scénaristes Caroline Allard et François Archambault.  Par ailleurs, la notoriété des contes facilite le vote.  Ne me reste qu’à espérer qu’après un franc succès cette fois-ci, il y ait des suites et que l’on doive renouveler la banque de propositions…

Comme le proposait sur Facebook la conteuse et graphiste Marie-Pier Fournier, l’organisation pourrait aussi s’associer à un ou des conteurs…  (Pssst! Je suis volontaire!)

Ces jours derniers, j’ai découvert via Facebook des cousins à Tenir conte.  D’abord, Jean-Pierre Mathias, conteur breton contact du chanteur, conteur et ethnologue Robert Bouthiller. En parallèle avec son site professionnel, M. Mathias anime un blogue fort chouette: Contes et merveilles.

Puis, via Jean-Pierre Mathias, j’ai découvert le blogue Arrête de faire des histoires !… du conteur vendéen Frédéric Mahé. (Si vous lui trouvez effectivement un air de famille avec mes carnets, c’est que Mahé et moi utilisons tous deux le thème Tarski de WordPress).  Ce blogue est une véritable mine de renseignements en conte, mais aussi en mythologie, domaine d’intérêt du blogueur.

Personnellement, j’y trouve des réflexions sur des thèmes qui me tiennent à coeur. Ainsi, ce billet sur le storytelling, sujet à propos duquel je planifiais écrire depuis un bon moment, tant ce phénomène de récupération de la narration m’inquiète.

Sur ce dernier site, suite à un billet de Mahé datant de 2009, une discussion bat son plein autour de la question de la liberté des conteurs en rapport avec la variabilité des récits issus de la tradition.  Les échanges m’ont suffisamment intéressés pour que je me jette à l’eau à mon tour…

Ça fait quand même du bien de se sentir partie d’une famille d’esprit!

L'atelier de M. Bruno

Photo: Marc Brazeau

Lors de son passage au Québec en décembre 2010, Bruno de La Salle a offert un atelier de formation le samedi 18 décembre dans la Maison Chevalier, à Québec.  L’atelier s’intitulait « Du texte à l’oral ». Le texte de présentation se lisait comme ceci :

« Le propos du stage est d’envisager l’oralité comme un art de l’investigation : mettre en jeu le texte écrit mis en parole, le corps, et la relation aux spectateurs pour mener une exploration sur toutes sortes de matériaux. Nous aborderons le souffle, le discours, le geste et le mouvement nécessaires pour faire du texte de départ, un récit totalement dans l’oralité, pour aboutir à une narration-exploration. »

J’aurais bien aimé y assister, mais j’étais malheureusement coincé par des obligations familiales. Heureusement pour moi – et maintenant pour vous, chers lecteurs – un ange y était qui nous a rapporté des notes de ce qu’il a vu et entendu… Tenir conte est donc heureux d’accueillir un premier collaborateur externe, soit M. Gabriel Grenier, membre du Cercle des conteurs des Cantons-de-l’Est. Merci à Gabriel pour son travail de reporter.  Le « je » dans le texte qui suit est donc le sien…

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Elle était photographe et traductrice.  Il était journaliste et poète.  Il co-fondra le surréalisme avec André Breton.  Elle sera formée au Bauhaus avec Kadinsky, Klee et Munch.  Ensemble, ils parcourront le monde.  Pour notre bonheur, ils aimaient les belles histoires.  Plus d’une centaine de contes, récoltés principalement en Amérique du Sud et en Europe méridionale et orientale, mais aussi en Asie, Océanie, un peu en Amérique.

J’ai découvert ce couple fascinant en même temps que leurs collectes.  Belle collection que ces Histoires merveilleuses des cinq continents, trouvées chez un éditeur jeunesse (Pocket Junior, mais ils existent aussi chez Seghers, sauf que la brique date de 1975).  Si les auteurs nous donnent les pays d’origine des contes, on aurait aimé disposer également de l’identité des informateurs et des conditions de collectes, tant la trouvaille d’un conte est une histoire en soi.  Bien sûr, cela aurait été au-delà d’un recueil de contes que l’on destine aux enfants…  Pourtant, ces récits n’ont rien d’enfantin.  On s’y assassine et on s’y passionne à qui mieux mieux, sans compter que la symbolique y est souvent d’une grande richesse.

Parfois un peu artificiellement séparés en thématiques par l’éditeur, les contes ont bénéficié d’une transposition à l’écrit qui reste directe, sans ornementation, respectant l’essentiel de la trame de chaque récit. Parfois, on a aussi droit à des chutes extrêmement rapides.  Mais cette sobriété est bienvenue puisqu’elle permet au conteur de se mettre aisément en bouche les histoires, sans devoir faire un travail « d’extraction » pour se les réapproprier (comme c’est souvent le cas à partir des contes réécrits magnifiquement par Henri Gougaud, par exemple).

  • Histoires merveilleuses des cinq continents, Au temps où les bêtes parlaient, Tome 1, Pocket junior, 2000
  • Histoires merveilleuses des cinq continents, Sur les routes, l’aventure, Tome 2, Pocket junior, 2000
  • Histoires merveilleuses des cinq continents, Amours et jalousies, Tome 3, Pocket junior, 2000

Si ces livres sont malheureusement épuisés, ils se trouveront sans doute en occasion ou dans les bibliothèques.

Il est de bon ton dans notre milieu de parler du contage comme d’un artisanat (voir notamment le chapitre « Patience de l’arrosage » de Luidgi Rignanese dans L’art du conte en dix leçons), mais qu’est-ce que ça veut dire au juste?  Au-delà du temps à prendre, du savoir-faire à développer, je crois que les processus de travail et les rapports à la matière se ressemblent.

En préparant mon intervention du 13 novembre dernier lors du colloque annuel du Regroupement du conte au Québec (RCQ), à propos de la formation des conteurs, j’ai repensé à un conte chinois.  C’est un texte qu’avait présenté en 2007 la conteuse et intellectuelle brésilienne Regina Machado lors d’une rencontre autour des thèmes « mission/transmission » organisé par les Productions Littorale.  Le texte était en anglais et j’ai tenté, bien modestement, de le traduire.  Je le reproduis ici, parce qu’il m’apparaît nommer plusieurs éléments que des conteurs-artisans devraient développer lorsqu’ils ont le souci d’améliorer leur art:

Autrefois, nous dit Zhuang Zhou, il était un maître artisan qui créait de si beaux objets de bois que le roi lui-même demanda à connaître le secret de son art.

« Votre majesté, dit le menuisier, il n’y a pas de secret… mais il y a bien quelque chose.  Voici comment je procède :

Lorsque je m’apprête à faire une table, je rassemble d’abord mes énergies et je calme mon esprit afin de parvenir à une paix absolue.

Je deviens indifférent à toute récompense que je puisse gagner ou à quelque gloire à conquérir.  Quand je suis libre de l’influence de toutes ces considérations extérieures, je peux écouter la voix intérieure qui me dit clairement ce que je dois faire.

Quand mon habileté est ainsi concentrée, je prends ma hache.  Je m’assure qu’elle soit parfaitement affilée, qu’elle tienne confortablement dans ma main et qu’elle devienne le prolongement de mon bras.  Alors, j’entre dans la forêt.

Je cherche le bon arbre : l’arbre qui attend de devenir ma table.  Et lorsque je le trouve, je demande : « Qu’ai-je à t’offrir et qu’as-tu à m’offrir? »

Alors, j’abats l’arbre et je me mets au travail.

Je me souviens comment mes maîtres m’ont enseigné à mettre mon talent et ma pensée en relation avec les qualités naturelles du bois. »

Le roi dit alors : « Lorsque la table est terminée, elle a sur moi un effet magique.  Je ne peux la traiter comme n’importe quelle autre table.  Quelle est la nature de cette magie? »

« Votre majesté, répondit le menuisier, ce que vous appelez ‘magie’ provient de ce que je viens de vous expliquer. »

Les éléments dont il est question dans ce conte m’apparaissent tous des fondamentaux: l’importance de développer une éthique du travail et du conte, d’affûter ses outils (corps, voix, prestance) et de découvrir comment ils peuvent servir le conte, se souvenir des enseignements des maîtres, travailler à mettre en valeur les « qualités naturelles » de l’histoire, etc.  Mais c’est encore et toujours la question du rapport au répertoire qui m’avait interpellé et m’interpelle encore.

Comment « entrer en forêt » dans le foisonnement des contes (déjà le stage avec Marc Aubaret m’a donné des pistes…) et savoir choisir le « bon arbre » (le bon conte) celui « qui attend de devenir [notre] table » (de se laisser approprier par le conteur)? Il s’agit, en quelque sorte, de savoir identifier le diamant brut qu’il faudra ensuite travailler et polir.  Faire des choix; décider de ne pas conter certaines histoires pour en privilégier d’autres…

Je suis reconnaissant à Regina Machado – et à Zhuang Zhou, je supposepour cette idée d’entrer en dialogue avec un conte que l’on a trouvé et que l’on a envie de conter: « Qu’ai-je à t’offrir et qu’as-tu à m’offrir? » Comment, avec ma couleur et ma personnalité de conteur, vais-je refléter sur cette histoire?  Que puis-je apporter de classique ou d’original, de réinterprétation, d’hybride et de contemporain à la manière de la raconter? Comment est-ce que le fait d’introduire ce conte dans mon répertoire va colorer mes autres contes et me transformer, moi, comme conteur?

Dès lors, le rapport artistique entretenu avec la matière contée devient plus viscéral qu’intellectuel.  Assez proche de celui du sculpteur, de la tisserande, de l’ébéniste ou de l’orfèvre, finalement.


Je viens de compléter la lecture de Lieux de légendes et de mystère du Québec de Henri Dorion, avec photographies de Pierre Lahoud (Éditions de l’homme, 2009), et de L’amérique en contes et légendes de Michel Savage et Germaine Adolphe (Modus Vivendi, 2009).  N’ayant pas reçu ces bouquins à Noël dernier, je me suis finalement décidé à les emprunter en bibliothèque…

Dans les deux cas, il s’agit de très beaux livres, magnifiquement illustrés. Par les photos de Lahoud et les aquarelles d’Anik Dorion-Coupal dans un cas et par celles de Marc Mongeau dans l’autre.  Des ouvrages de référence sans aucun doute.  Les 33 sites présentés dans Lieux… et les 62 histoires racontées dans L’amérique… sont des « must know » pour tous les conteurs québécois (et d’ailleurs), me semble-t-il. Ça fait partie d’une « culture générale » de l’imaginaire de nos alentours et c’est bien utile de les trouver ainsi rassemblés…

Que l’on s’intéresse à la façon dont le fantastique a affecté la toponymie dans les différentes régions du Québec ou que l’on veuille se réconcilier avec le légendaire américain généralement pas mal moins connu que celui d’Europe (chez les francophones), il s’agit là d’ouvrages importants dans une bibliographie sur le conte.

Dorion évoque l’origine du Cap-chat, des Méchins, de la Forêt enchantée de Ville-Marie, de Memphré le monstre du « loch Magog », etc.  Savage et Adolphe s’attaquent quant à eux au jackalope, à John Henry, Paul Bunyan et même aux mythes de Roswell ou d’Elvis.  Ce sont donc des livres fort complets quant aux univers qu’ils abordent, suffisamment denses pour rassasier les passionnés, mais assez légers pour constituer de bonnes introductions.  Lieux… se démarque sur le plan de la forme, alors qu’il est présenté comme un guide touristique et qu’il inclut des explications géographiques, ainsi que la manière d’aller visiter soi-même les lieux légendaires.  Les sites sont d’ailleurs réunis en onze groupes de trois, par unités thématiques (revenants, végétaux, paysages, etc.).  Par comparaison, les contes de L’amérique… ne semblent pas avoir été organisés dans un ordre précis, alors que l’on saute dans le temps, l’espace et les cultures autochtones, francos, anglos, états-uniennes, espagnoles (quoi que les récits canadiens sont en début d’ouvrage).  Ce désordre est sans doute plus intéressant qu’une structure trop cartésienne, remarquez.

Me reste une réserve générale qui touche les deux livres:  Alors que l’on explique de manière toute scientifique les légendes entourant chacun des sites de Lieux… et que L’amérique… nous « convie à un voyage dans le temps » se voulant « un livre d’histoire et de géographie qui a pour but de faire rire, pleurer ou peur », n’aura-t-il pas tout de même été possible de traiter avec respect la matière première folklorique qui a permis de mettre au monde ces ouvrages?

Je n’ai rien contre le fait de prendre des libertés avec le matériau légendaire pour adapter ou moderniser le conte, mais il me semble important de trouver une façon d’indiquer où se situe la dimension patrimoniale et où l’on tricote de la nouvelle légende avec sa propre créativité.  Il ne s’agit pas de multiplier les notes de bas de page ou de fournir les codes Aarne-Thompson des contes-types employés.  Mais, tout en conservant le caractère populaire et non-scientifique d’un tel livre, il y a moyen d’être un peu précis et de montrer le travail de recherche derrière les niveaux de fiction.

Des exemples? Dorion présente le rocher du pin solitaire, une légende sherbrookoise que je creuse pas mal ces temps-ci.  Il évoque le fait que le pin serait tombé et aurait repoussé à plus d’une reprise.  De toutes les sources que j’ai consultées, il est le seul à avancer cela.  J’aurais bien aimé savoir d’où il tient cette information…  S’il s’agit d’une liberté qu’il a prise (après tout, le pin est symbole de vitalité), comment ensuite ne pas me demander s’il n’a pas fait la même chose avec toutes les autres légendes des sites évoqués dans le livre? Quant à Savage et Adolphe, c’est au niveau des ruptures de ton que l’on sent la coupure entre folklore et « dentelle » contemporaine:  Par exemple, dans la tragique et terrifiante histoire de la Llorona infanticide, on mentionne un personnage secondaire du nom de… Jos Bine!  Il n’y avait vraiment pas moyen de l’appeler John ou Pedro? D’autres tentatives de « faire léger » parsèment les deux ouvrages et ratent également leur cible.

Ces livres restent des sommes importantes d’information. Ils contribuent à donner de la visibilité à des contes et légendes méconnus de chez nous, et ce, à l’intention d’un public de plus en plus large.  Ils sont bien présentés, faciles et agréables à consulter.  Je me dois d’en féliciter les auteurs.

Malheureusement, je ne peux me détacher de l’impression que, sous prétexte qu’il s’agisse de patrimoine d’origine orale et d’oeuvres imaginaires, on se sente autorisé à les manipuler sans un certain souci de rigueur.  Il me semble que la solidité que ces livres gagnerait n’enlèverait rien au plaisir ludique de leur découverte.  Ces histoires si belles peuvent enchanter notre quotidien. On leur doit bien ça, non?